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L'Humanité - 13 juin 1926


LHumanité 1926 06 13 Le circuit de la Sarthe

LE CIRCUIT DE LA SARTHE
Hier, 46 autos ont pris le départ pour 24 heures

Hier après-midi, à 16 heures, 46 voitures automobiles ont pris le départ pour la ronde de 24 heures du circuit du Mans.
En vérité, il s'agit là moins d'une course de vitesse réservée à des mécaniques minutieusement mises au point en vue de cette seule course, que d'une rude épreuve d'endurance.
Sur un circuit routier ordinaire de 17 kilomètres il s'agit pour chaque concurrent de couvrir dans le temps de 24 heures le plus grand nombre de kilomètres dans des conditions déterminées.

Les voitures sont des autos de tourisme. Elles doivent obligatoirement rouler pendant un certain nombre d'heures avec la capote relevée, puis dans la nuit phares allumés. Le conducteur ne peut être remplacé. Il peut à chaque tour se se ravitailler autant de temps qu'il lui convient. Le départ est donné d'une manière originale: les voitures sont rangées d'un côté de la route et les conducteurs de l'autre. Au coup de pistolet du starter, chaque conducteur bondit vers sa voiture. Il doit tout d'abord relever sa capote puis mettre lui-même en marche pour partir. Les 24 heures du Mans représentent donc à tous égards une épreuve susceptible d'apporter à la construction automobile des perfectionnements utiles. La voiture qui a roulé sur le circuit de la Sarthe 24 heures, sans anicroches est non pas une fine et délicate machine de course, mais une mécanique robuste et sûre fournissant non pas une très grande vitesse horaire, mais une bonne vitesse moyenne pendant un temps prolongé. Son moteur est sûr. D'autre part, pour qu'un même conducteur puisse «mener» pendant 24 heures, il faut que la voiture offre certaines conditions de confort, dans la suspension, l'agencement de la carrosserie, etc., qui atténuent la fatigue et la nervosité du pilote.

(VOIR LA SUITE EN DEUXIEME PAGE)

Le Circuit de la Sarthe
(SUITE DE LA PREMIERE PAGE)

L'épreuve des 24 heures du Mans attire chaque année autour du circuit une foule considérable. Les trafiquants du sport ont profité de l'intérêt qui s'attache à une telle épreuve pour essayer d'en fausser l'atmosphère. L'Automobile Club de l'Ouest a consacré 600.000 francs à faire élever des tribunes monumentales et autour des tribunes un véritable village nègre en planches. On y trouve des baraquements somptueux où l'on dine au champagne, où l'on danse aux sons du jazz. Les désœuvrés de la capitale s'y donnent rendez-vous. L'endroit est devenu «chic» et la. mode veut que le tout faubourg du sport accompagné de ses grues et de ses rombières attitrées se transporte ce jour-là au Mans. Ça ne les amuse guère, mais c'est la mode.
Quant à l'intérêt de l'épreuve, combien des assistants reviennent du Mans sans même avoir vu une seule voiture engagée dans le circuit en dehors du départ et de l'arrivée auxquels il est de bon ton d'assister.

A la troisième heure, Boillot est en tête
Dès le départ, Boillot prend la tête et, à la première heure, il a couvert 104 km. 700, ce qui constitue le record pour l'épreuve. Bloch et Clément le suivent.
Au cours de la seconde heure, plusieurs voitures abandonnent, tandis que Chassagne bat le record du tour en 9'07", soit 113 km. 6 à l'heure. Boillot est toujours premier. A 19 heures, Boillot bat le record. de l'épreuve pour les 3 heures, ayant couvert 317 km. 800.
A la troisième heure, les positions sont les suivantes :
1. Boillot-Rigals; 2. Bloch-Rossignol; 3. Clément-Drillo; 4. Wagner-Duvergne ; 5. de Courcelles-Mougin; 6. Davis-Bengafield. Malgré la nuit, les concurrents ne ralentissent pas et, à 21 heures, Laly bat à nouveau le record du tour en 9 m. 4 s., soit 115 kilomètres de moyenne. Le classement n'est pas modifié.


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