| Excelsior - 13 juin 1926 |
L'INAUGURATION DU MONUMENT SARAH-BERNHARDT
Hier matin, à 11 h. 30, en présence des proches parents de l'illustre artiste, a eu lieu l'inauguration du monument élevé à la mémoire de Sarah Bernhardt, place Malesherbes.
MM. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, représentant le ministre de l'Instruction publique; Guillaumin, président du Conseil municipal; Bouju, préfet de la Seine; Morain, préfet de police; les directeurs des principaux théâtres, et un grand nombre d'artistes, assistaient à cette cérémonie.
M. Gabriel Alphaud, directeur de Comedia, au nom du comité, a, dans une brève allocution, évoqué la figure de l'actrice sans rivale.
- Elle fut l'amour et la douleur, a-t-il dit. Elle fut la poésie et le charme. Elle fut la vérité. Les plus brillantes fêtes de l'esprit, les frémissements les plus intenses du cœur, elle les prodigua. Elle vécut en souveraine avec une cour constituée, une diplomatie, un protocole, une politique intérieure pour fonder son théâtre, une politique extérieure pour le le maintenir. Par l'admiration et par le culte du public, le théâtre devint un temple; et, vers la fin de la vie de Sarah Bernhardt, chacune de ses manifestations y fut un jubilé.
M. Alphaud remercie les membres du comité, les souscripteurs et le sculpteur Sicard.
M. Jean Richepin remit le monument à la Ville de Paris. Analysant l'œuvre et l'influence de Bernhardt, il déclara:
- C'est une fée que nous avons connue. On savait déjà, de son vivant, que sa gloire la destinail à la légende. Et cette fée était la meilleure des femmes, la plus aimable des amies. Elle aimait avant tout l'art et les poètes. Non contente de travailler sans arrêt, elle faisait travailler. Muse, elle animait, elle inspirait. Elle semblait dire : « Il faut croire que la vie est belle. Ayons de beaux rêves et la vie sera belle... »
M. Guillaumin, au nom de la Ville de Paris, montra le prestige de cette artiste qui, partout où elle passait, suscitait parmi les multitudes des enthousiasmes qui allaient jusqu'au délire.
- A mesure que les années s'écoulaient, Sarah Bernhardt, élevant toujours plus haut au-dessus des circonstances adverses le double éclat de sa vaillance et de son génie, semblait entrer toute vive dans la légende en même temps que dans l'histoire. Paris, qui l'avait toujours aimée et acclamée, sentait se nuancer le culte qu'il professait pour elle de je ne sais quelle fervente et respectueuse vénération.
Enfin M. Paul Léon, après avoir évoqué le recueillement et l'émotion de la foule qui, il y a trois ans, accompagna Sarah Bernhardt à son tombeau, dit, en terminant:
- Elle joue devant un parterre de peuples. Les frissons d'art qu'elle suscite se propagent par toute la terre. Au Brésil, les étudiants se battent à coups de sabre pour être admis à l'honneur de s'atteler à sa voiture. En Australie, les ministres vont la recevoir en corps; les Argentins lui font don d'un domaine national; les cow-boy's la portent en triomphe dans leur ranch. Elle heureuse d'être acclamée, car elle l'est; au nom de la France.
Le décret qui lui conférait la croix de la Légion d'honneur était ainsi libellé : «A porté la langue française à travers le monde entier. ».
Inclinons-nous aujourd'hui devant la grande ambassadrice des lettres qui conservera la gloire d'avoir un moment rellété le génie de la race et le visage de la patrie.
| retour 13 juin 1926 |








































































