Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


Excelsior - 06 juin 1926


Excelsior 1926 06 06 Faux tableaux

Il est certain que les tableaux de maître, qui depuis quelque temps se vendent des prix considérables, sont tous authentiques, puisqu'ils ont été certifiés comme tels par des experts qui doivent s'y connaître.
Mais, en dehors de ces toiles rares, on en vend parfois dont l'authenticité est douteuse. Vous n'avez pas idée comme il y a, dans les meilleures collections, de faux Rembrandts, de faux Corots et de faux Daumiers. Avant la guerre, je connaissais le fabricant de ces derniers. C'était un peintre de talent, mais les marchands ne voulaient pas acheter ses tableaux, qui manquaient, disaient-ils, de personnalité. Il avait une faculté étonnante pour imiter les maîtres, au point qu'un amateur qui avait acheté, un jour, un Henner de sa façon, alla consulter le maître, qui vivait encore. Celui-ci examina le tableau, le tourna, le retourna et le rendit à son acquéreur.
— Franchement, dit-il, si je ne voyais que cette femme couchée est peinte sur une toile de chez un marchand où je ne me sers jamais, je ne pourrais pas vous dire qu'elle n'est pas de moi.
Pour Daumier, c'est tout une autre histoire. Quand les tableaux du célèbre peintre dessinateur atteignirent des prix élevés, notre falsificateur en peignit une centaine, et voici le subterfuge anquel il eut recours. Daumier avait l'habitude de peindre sur des panneaux. Notre contrefacteur se procura de vieilles caisses du temps de Louis-Philippe, caisses de commerce portant les traces des étiquettes des messageries par diligence, et il peignit dessus des scènes qui ressemblaient à celles de Daumier à s'y méprendre. Mais les marchands sont méfiants; comment lancer sur le marché tant de Daumiers en même temps? Ce fut un trait de génie de mercantilisme malhonnête.
On organisa une exposition générale des œuvres du célèbre dessinateur au bénéfice d'une œuvre de bienfaisance, et l'Etat prêta les salles de l'Ecole des beaux-arts. On fit appel aux particuliers, dont plusieurs envoyèrent de très beaux Daumiers authentiques, ceux-là, mais qu'on trouva généralement moins artistiques que les faux. Suivant l'habitude, on colla sur chaque cadre, au verso, une étiquette portant, avec l'en-tête de l'exposition, un chiffre d'entrée. Le tour était joué. Comment douter d'un tableau qui portait une estampille presque officielle, celle d'une exposition faite dans les salles de l'Ecole des beaux-arts, présidée par le ministre de l'Instruction publique? L'Amérique a absorbé un grand nombre de ces faux, et j'en ai vu plusieurs aux enchères qui ont atteint des prix fort élevés.
Ce n'est qu'un des cent tours employés pour tromper le public, qui, d'ailleurs, ne s'en préoccupe souvent guère. Il n'y a que la foi qui sauve.

JEAN-BERNARD,


retour 06 juin 1926