| L'Homme Libre - 25 mai 1926 |
Soyons sportifs
LE BOL D'OR
...ou le Bol de Sang?
C'était trop facile. Nous l'avions prévu : dans l'épreuve du Bol d'Or, comme le dimanche et le lundi de la Pentecôte, sur un circuit fréquenté par des promeneurs dominicaux et extra-dominicaux, il était fatal que des accidents se produisissent; c'est chose faite.
Les énumérer en détail serait long. Résumons-nous.
Au virage de la Croix de Noailles, malgré le service d'ordre, un spectateur tenta de traverser la route. A ce moment arrivait une voiture pilotée par son constructeur, M. Serrano, qui s'apprêtait à dépasser un autre concurrent, Dans le brusque coup de frein qu'il fallut donner, la voiture escalada un talus et se retourna. M. Serrano s'en tira avec quelques égratignures, mais son mécanicien fut assez fortement contusionné au visage. Trois spectateurs furent de plus blessés : l'un eut la jambe cassée, l'autre une blessure profonde également à la jambe, le troisième une fracture du crâne. Il en est mort.
A 9 h. 10, hier matin, après le 155e tour, Tallet est allé buter dans une cabane de cantonnier par suite du mauvais fonctionnement de son frein qui a bloqué sa roue gauche. La voiture est complètement détruite et les deux occupants ont été très grièvement blessés.
A 9 h. 30, Forgeais va buter dans un poteau télégraphique, par suite de la rupture de sa direction, et est projeté sur un arbre qui se trouvé à côté. Forgeais, qui n'est que légèrement contusionné, reprend la course.
A 9 h. 45, Dupuy, passant à la Croix-de-Noailles, se retourne et est légèrement blessé à la tête. Il abandonne.
Le bilan n'est pas laid pour 48 heures de course. Passe encore que les professionnels acceptent de se faire abîmer, et le soient. La Gloire avec un grand G l'exige. Mais les menues gens qui se promenaient là? Mais le pacifique promeneur qui en voulant traverser la route -une route qui lui appartenait de par les tolérances de la Pentecôte, et de par l'usage aussi fût tué ?...
Si les motocyclistes, cycle-caristes et automobilistes veulent tourner en rond les jours où la campagne appartient aux Parisiens, qu'ils aillent tourner en rond sur des pistes ad hoc. Il y a des autodromes.
Et qu'ils f...lanquent la paix aux paisibles promeneurs !!!
Pierre DELAFUYE
| retour 25 mai 1926 |







































































