| Journal des débats - 30 mai 1926 |
DERNIÈRE HEURE
AU MAROC
La situation militaire
M. Girod, président de la Commission de l'armée de la Chambre, a fait connaître au ministre de la guerre que la Commission serait désireuse de l'entendre sur la situation militaire créée au Maroc par la reddition d'Abd el Krim.
Les félicitations
La présidence du Conseil a reçu un grand nombre d'adresses de groupements français de l'intérieur, comme de l'étranger, qui saluent la victoire des troupes françaises au Maroc, et félicitent le gouvernement à l'occasion de la soumission d'Abd el Krim.
D'autre part, de tous les points de France et du Maroc parviennent des félicitations à M. Steeg, pour le succès de la campagne dirigée par nos admirables troupes.
La mission du général Simon
A l'issue du Conseil de Cabinet, M. Painlevé, ministre de la guerre, a déclaré que le général Simon se rend au Maroc pour entrer en contact avec les autorités espagnoles.
Les conversations auxquelles il participera ne viseront pas des rectifications de frontière entre les zones française et espagnole, mais tendront à fixer les bases du statut du Riff. Il étudiera également les questions militaires et économiques posées par la victoire franco-espagnole, celles, en particulier, qui concernent les tribus qui se trouvent à cheval sur les deux zones.
Le général Simon est arrivé, ce matin, à Marseille. Il s'est rendu à bord du Timgad, courrier d'Alger, qui a levé l'ancre à midi.
Interrogé à bord du Timgad, quelques instants avant que le paquebot ne lève l'ancre pour Alger, le général Simon a fait les déclarations suivantes :
- Je retourne au Maroc, pour étudier la situation, tant au point de vue politique qu'économique. Il s'agit maintenant de consolider nos positions sur les frontières nord du protectorat. Je pense rester une quinzaine de jours au Maroc et reviendrai le plus vite possible en France pour rendre compte de ma mission au gouvernement. La reddition d'Abd el Krim est l'indice certain que les tribus en dissidence étaient lasses de la guerre, c'est cette lassitude qui a forcé Abd el Krim à abandonner la partie. La paix est faite mais il faut néanmoins surveiller les tribus et continuer à mettre en action parallèlement les moyens politiques et les moyens militaires.
La joie des indigènes
Fez, le 29 mai. Sitôt que la nouvelle de la reddition d'Abd el Krim a été connue dans les milieux musulmans de Fez, qui est le centre moral du Maghreb, un vif enthousiasme éclata. Il convient de noter que, tandis que les musulmans sont traditionnellement impassibles, ils ont manifesté en cette occasion leur grande joie.
La plupart des notables sont venus spontanément voir le pacha, qui leur a confirmé la nouvelle, puis le résident général. A tous deux ils ont exprimé longuement leur satisfaction de voir la paix revenue.
L'un d'eux, Si Driss El Mokri, haute personnalité des notables et prévôt des marchands de la ville, nous a déclaré: «Déjà, nous sentons la répercussion de cette nouvelle, les petites gens, les artisans de la ville peuvent se procurer de l'huile, des fruits secs de toutes sortes dont ils vivent et qui ont raréfiés parce que les montagnes du Nord les fournissaient. Nous attendons beaucoup de l'œuvre de collaboration franco-marocaine que cet événement vient encore de consacrer, Il existe un proverbe marocain qui dit «La paix, c'est la richesse.»
D'autres notabilités ont déclaré que la reddition d'Abd el Krim assurera longtemps la tranquillité, mais qu'il convient d'apprécier son geste, de s'en remettre à la France et d'éviter de l'humilier. Il faudrait subvenir à ses besoins si c'est nécessaire. Si la France agit ainsi, un pareil geste sera hautement apprécié de tous, augmentera son prestige et facilitera même la pacification des derniers îlots dissidents.
Dans tous les milieux on recueille les mêmes sentiments. Les agriculteurs marquent une grosse satisfaction parce qu'ils trouvent dès maintenant une main-d'œuvre importante pour les moissons prochaines. Certains prix ont baissé de 50 %, notamment l'huile et les fruits secs, et le prix de la journée des travailleurs agricoles.
Les tribus qui connurent très rapidement la nouvelle ont envoyé des émissaires pour exprimer leurs remerciements au résident général.
Le retour de la mission sanitaire
Fez, le 28 mai. Les docteurs Gault, Vallet et Monnier sont rentrés aujourd'hui, à Nemours, à bord du Sénégalais, avec toute la mission sanitaire. On attend les prisonniers récemment libérés, dont une partie sont demeurés dans les ambulances de l'avant, en raison de leurs fatigues. Ils seront lundi à Fez, où M. Steeg a l'intention de les recevoir.
M. Steeg chez les tribus soumises
Fez, le 29 mai. - Le résident général a quitté Fez ce matin, à 8 heures, se rendant chez, les Ouled Ghezzar, où lui seront présentés les nouveaux soumis.
Les Soviets et les Riffains
Moscou, le 29 mai. Un éditorial des Izvestia commente des articles de la presse française indiquant que Moscou et Berlin auraient été et continueraient d'être des centres d'intrigues contre la France au Maroc. L'auteur de cet article déclare que, depuis que l’État existe, on a pris l'habitude d'attribuer Moscou toutes les difficultés éprouvées par tel ou tel Etat capitaliste.
L'U. R. S. S., écrit-il, rejette uniquement l'accusation dirigée contre elle par une partie de la presse française qui doit savoir où se trouve la source véritable des intrigues au Maroc. Les commentaires de la presse anglaise concernant la défaite d'Abd el Krim, ainsi que l'encouragement apporté par cette presse aux projets de colonisation des Italiens dans différentes parties de la Méditerranée, indiquent de quel côté doit être dirigée l'enquête préliminaire dont parle la presse française, cherchant les coupables là où ils n'existent pas. Des accusations dénuées de tout fondement ne devraient pas se produire dans les rapports actuels de la France et de l'U. R. S. S.
[Personne ne prendra au sérieux le plaidoyer bolcheviste. Tout le monde sait que les Soviets intriguent partout où les puissances coloniales ont des difficultés. Les preuvent abondent, Que ces campagnes soient dirigées par la IIIè Internationale, cela ne change rien au fait, car Komintern et gouvernement de Moscou sont deux têtes sous un même bonnet.]
| retour 30 mai 1926 |







































































