| Journal des débats - 25 mai 1926 |
La Grande-Bretagne, les dettes
et la chute du franc
(DE NOTRE CORRESPONDANT)
Londres, le 23 mai. Les finances françaises font l'objet d'un article de l'Economist de samedi matin.
Il commence par noter la chute du franc, et combat l'opinion, exprimée à Paris, qu'elle est due à des ventes de francs à Londres, en disant, que les faits indiquent, au contraire, le manque de confiance qui règne à Paris comme étant la véritable cause du mal.
Passant ensuite à la rumeur, mise en circulation par certains journaux français, que la finance anglo-américaine voudrait imposer au gouvernement français un régime financier anglo-américain, il affirme que l'attitude des banquiers américains et anglais est celle-ci :
Ils ont le sentiment que la situation, en France, est des plus sérieuses. Ils sont sincèrement désireux de coopérer à tout sain projet que les autorités françaises et les principaux banquiers pourraient présenter. Ils estiment que la situation a été trop longtemps déjà laissée en carence. Si elle avait été prise en main peu de temps après la guerre, elle aurait pu, en dépit des terribles obstacles que la France a eus à surmonter, être rétablie sensiblement. En ce moment, la seule chose à faire par les Français est de prendre la situation en main et de préparer un projet de retour à la base d'or. Il est inutile d'essayer de stabiliser une instable monnaie de papier. L'essayer est simplement gaspiller des ressources saines. Aujourd'hui que les Français ont équilibré leur budget et peuvent être en mesure d'éviter une nouvelle inflation, ils sont en situation d'aborder le problème. S'ils mettent à exécution un projet de retour à la base d'or, de façon que tout citoyen français et tout capitaliste sache qu'il peut toujours obtenir de l'or, la confiance sera rétablie graduellement, et l'évasion du franc arrêtée. De même que la charité, la confiance commence par soi-même. Les banquiers anglais et américains ne peuvent réveiller sur leurs marchés la confiance dans l'avenir de la France aussi longtemps que les Français font preuve d'un manque absolu de confiance. En France, actuellement, la coopération entre les autorités et les banques, y compris la Banque de France, est la pierre angulaire de tout programme qui pourra être établi. Si une coopération de ce genre peut être arrangée, et que le gouvernement se montre capable de traiter la question, la coopération étrangère ne se fera pas attendre.
En attendant, dit l'Economist, la chute du franc a rendu plus difficile le règlement de la question de la dette, et les conversations à Londres de M. Péret n'ont, jusqu'à présent, donné aucun résultat. Le journal anglais note, ensuite que le ministre français n'a pu obtenir de concessions sur l'accord Caillaux-Churchill, soit en subordonnant les paiements de la France à l'état du change, soit en les faisant dépendre des paiements de l'Allemagne.
Que la France doive payer les sommes sur lesquelles on s'est entendu, c'est un point qui peut être discuté; mais rien ne s'est produit, depuis neuf mois, de nature à rendre moins justes ou pratiques qu'elles ne l'étaient alors les sommes convenues.
Examinant les accords conclus avec l'Amérique, d'après lesquels la dette française a été réduite de 53 %, celle de l'Italie de 68 %, celle de la Belgique de 84 %, et celle de la Grande-Bretagne de 26 1/2 % seulement, l'Economist arrive à cette conclusion:
En présence de ces chiffres, l'opinion publique n'est pas disposée à envisager avec beaucoup d'indulgence les obligations de la France envers la Grande-Bretagne. Au contraire, on approuvera beaucoup les opinions de la Fédération des industriels britanniques, qui, dans une lettre à ce sujet au chancelier de l'Echiquier, dit que l'industrie française jouit d'avantages matériels dans sa concurrence avec l'industrie britannique, en raison de la subvention considérable aux contribuables français que constitue le paiement de l'intérêt sur la dette française par le contribuable britannique; de plus, la dépréciation progressive et soutenue de la monnaie française nuit non seulement directement à la vente des produits britanniques, en maintenant la perturbation dans les marchés français et autres de l'Europe, mais encore d'une façon indirecte, en facilitant la vente des produits français rivaux à des prix anormalement inférieurs.
L'Economist finit en exprimant l'opinion que, quoi que la France puisse dire pour la défense de ses tarifs, en rappelant certaines augmentations des droits d'entrée britanniques, il n'en est pas moins clair qu'il sera exercé une forte pression sur M. Churchill pour qu'il se refuse à toute concession sur les conditions de septembre dernier.
Il y a des raisons de croire que l'Economist interprète exactement la situation qu'a trouvée ici M. Raoul Péret.
P. V.
| retour 25 mai 1926 |







































































