| L'Œuvre - 25 mai 1926 |
LENDEMAIN DE CONGRÈS
Ce que coûte l'enfant dans une crèche
Les ligueurs de l'enseignement, réunis en congrès à Saint-Etienne, ont adopté un certain nombre de vœux tous fort judicieux, y compris celui qui sollicite le développement des crèches, établissements, semble-t-il, un peu en marge de l'enseignement.
Les ligueurs ont eu bien raison de ne pas limiter leur sympathie à l'enfant en âge d'aller à l'école et de songer à lui dès avant son accès à la maternelle.
Il est, en effet, singulièrement désirable de faire un peu d'effort pour permettre à la femme condamnée au travail d'atelier ou de bureau d'être mère et de l'être dans des conditions nullement préjudiciables à l'enfant. En un temps où la maternité devient un fardeau écrasant pour la plupart des femmes où le foyer s'éteint, la crèche seule peut donner à l'enfant un berceau protecteur et toujours à portée du regard maternel. Nécessaire organe de la cité ouvrière, la crèche épargne à l'enfant la séparation totale d'avec sa mère, les soins d'une nourrice de hasard; pour peu qu'elle soit dirigée par une femme compétente et délicatement compréhensive, la crèche réussit, par une collaboration intelligente avec les mères, à avoir son rôle de premier plan dans la protection de l'enfance.
Mais la crèche coûte cher. Et c'est ce que je voulais vous dire. Il n'est guère possible, pour un établissement réunissant de 20 à 25 enfants en moyenne, de dépenser moins d'une cinquantaine de mille francs par an, et il est en revanche fort possible qu'il faille davantage, selon le tarif local de rétribution du personnel, selon aussi les proportions de l'établissement et, par conséquent, les exigences de son entretien. Il n'y a pas beaucoup de crches en France, où le prix de revient de chaque journée passée par un enfant à l'établissement revienne à moins de cinq francs et il peut atteindre même dépasser quinze francs. Or la crèche ne peut demander généralement aux mères qu'une rétribution insignifiante.
Voilà ce qu'il faut savoir si l'on veut entreprendre un effort soutenu pour le développement des crèches.
Peut-être n'étudiera-t-on pas les difficultés de la tâche à entreprendre sans trouver le moyen de les atténuer. En ce cas, que de remerciements les mamans ne devraient-elles pas aux congressistes de Saint-Etienne !
MARGUERITE PRÉVOST.
| retour 25 mai 1926 |







































































