| Journal des débats - 23 mai 1926 |
Les graves embarras économiques de la Grande-Bretagne
(DE NOTRE CORRESPONDANT)
Londres, le 21 mai. Ainsi qu'il a été dit l'autre jour, la situation laisse beaucoup à désirer au point de vue matériel et moral.
Comme conséquence naturelle de la grève, le nombre des chômeurs a augmenté de 470.000 individus et atteint maintenant le chiffre de 1.576.000. Cela n'est que temporaire, sans doute; mais, après un bouleversement comme celui qu'a produit la grève de neuf jours, il faudra du temps pour que les choses puissent reprendre leur cours normal et que les industries puissent avoir du travail à offrir à ceux qui ont quitté l'usine et l'atelier sur l'ordre de leurs chefs qui leur ont fait croire que, par ce moyen, on forcerait le gouvernement à renouveler la subvention à l'industrie houillère. Les ouvriers qui ont fait grève pour aider les mineurs se trouvent en grand nombre sans travail, et ils sont, de plus, menacés de chômer longtemps encore, si l'attitude des mineurs, qui n'est rien moins que conciliante, ne change pas. En effet, une grève des mineurs, pour peu qu'elle se prolonge, a, en Angleterre, les mêmes conséquences qu'une grève générale. La seule différence est que les effets s'en font sentir progressivement au lieu d'être immédiats; mais ils n'en sont pas moins certains; et, l'une après l'autre toutes les industries sont paralysées.
Quand on dit qu'il ne reste plus à régler que la grève des mineurs, on exprime une idée fausse. Une grève des mineurs, c'est la paralysic industrielle locale, lente, mais qui envahit tout le système économique et amène une crise fatale si elle dure assez longtemps. Il n'y a pas d'exemple d'une grève de mineurs qui ait duré assez longtemps pour cela; mais, si peu que dure une grève de ce genre, elle fait un tort incalculable à toutes les, industries, sauf, peut-être, à l'industrie agricole; encore celle-ci souffre-t-elle un peu, bien que moins que les autres.
Il en résulte que la reprise du cours normal de l'industrie et le relèvement économique dont on se réjouissait de voir des signes sont subordonnés absolument à la grève des mineurs. Si le conflit minier se prolonge, tout est compromis; s'il est réglé, tout pourra se rétablir, avec le temps.
Voilà pour le point de vue matériel; au point de vue moral, la grève laisse des colères et des rancunes. Les mineurs sont fort irrités contre le Conseil général des Trade Unions qui, disent-ils, les a abandonnés en révoquant l'ordre de grève; les ouvriers qui ont fait grève sur l'ordre du Conseil général et qui ne trouvent plus de travail sont furieux contre leurs chefs qui les ont forcés de suspendre le travail, ce qu'ils ne désiraient en aucune façon. Ils sont doublement irrités d'avoir fait grève à contre-cœur et sans aucune utilité, puisque cela n'a eu aucun effet sur la situation des mineurs.
Les chefs du trade-unionisme, pris entre deux feux, s'efforcent de prouver que la grève a réussi, et ajoutent encore, de cette façon, au mécontentement des ouvriers qui, par suite de la grève, ne retrouvent pas de travail et qui se tournent contre les industriels, à qui ils reprochent de faire preuve de mauvais vouloir et d'un esprit vindicatif. Cela a amené dans le monde industriel un sentiment d'aigreur et de ressentiment compréhensible, mais qui porte à faux et ne contribue pas à la conciliation ni à la coopération nécessaires pour le relèvement économique du pays.
C'est ce moment que choisit M. MacDonald pour affirmer en langage démagogique que la grève générale n'a eu aucun caractère politique, que c'est le gouvernement qui en est responsable, que la grève a donné ce qu'on en attendait, et que c'est parce que les résultats avaient été atteints qu'elle a été arrêtée !
M. MacDonald pourrait-il dire que la grève générale a aidé les mineurs ou les ouvriers autres que les mineurs qu'elle a privés et prive encore de travail ?
Cela, c'est de l'éloquence de carrefour; mais ce n'est pas le langage d'un homme. qui a été premier ministre et qui aspire à l'être encore.
M. MacDonald, qui a tous les courages, demande si la situation du gouvernement est la même qu'avant la grève. Certainement non; sa situation est infiniment meilleure et son autorité et la confiance qu'il inspire en sont beaucoup plus grandes.
Peut-on en dire dire autant de celle du trade-unionisme ou du Labour Party qui, pendant toute la grève. ont joué un rôle piteux?
P. V.
| retour 23 mai 1926 |







































































