| Journal des débats - 23 mai 1926 |
LA VIE TOURISTIQUE
Problèmes du Sud-Algérien
Ils sont, on s'en souvient, très différents de ceux de la côte. A Biskra, à Bou-Saada, donc, à plus forte raison, à Laghouat ou à Touggourt, la question n'est plus de retenir l'étranger durant le mois de mai. Dès le train, et nous arrivions aux heures de la clémence nocturne, l'haleine chaude soufflant aux portières, le ciel où les constellations allaient presque jusqu'à disparaître derrière trop de sable en suspension, nous disaient l'infernale approche du Sahara. Cependant, n'exagérons pas ! Megali Boinard, qui est comme la jeune souveraine de Biskra, nous disait que, même les mois torrides, c'étaient d'abord les indigènes arabes, puis les Algériens, qui se réfugiaient dans les hauteurs, moins calcinées, de l'Aurès proche. Quant à elle, au docteur Crespin, son mari, c'est le sourire aux lèvres, c'est seulement depuis qu'ils ont leurs enfants qu'ils se croient tenus à déserter, aux alentours du 15 juillet, leur villa «Balcon du Désert». De même, nos camarades délégués des Fédérations et inscrits, eux, au Circuit B, que nous retrouvons ce soir à Alger, c'est sans souffrances véritables qu'ils viennent de pérégriner, pendant six jours, en plein M'Zab, trois cents kilomètres plus au sud, vers Ghardaïa et Guerrara.
Certes, jusqu'au point où ils ont poussé, il ne s'agit plus guère de tourisme; c'est l'aventure qui commence et qu'aucun d'entre eux n'eût risquée hors de la conduite et de la tutelle du général de Bonneval. Hélas! est-ce tant mieux ou hélas ? ils furent des derniers sans doute à tomber sur une Guerrara dépourvue d'Européens à poste fixe, à déjeuner dans un simple bordj, à coucher dans un caravansérail. Sera-ce dans deux ans ou dans dix -ce sera bientôt en tous cas!- que la Compagnie Transatlantique y aura construit un de ces hôtels non pas fastueux, mais d'une propreté, d'un confortable... britanniques, tels que ceux que nous avons trouvés partout sur notre passage, de Constantine à Bou comme à Michelet? Le projet de la «route de Tombouctou» où les «chenilles» n'auront fait que précéder de peu les autocars, est sérieusement à l'étude. 750 kilomètres sur 3.000 en sont déjà praticables. Vers 1935, on ira, en six journées, de la Mosquée d'Alger aux minarets de la Ville Mystérieuse qui aura cessé de l'être à jamais.
Perfection, d'ailleurs, de ces engins qui doublent ou remplacent le train avec lequel leurs compagnies paraissent faire le meilleur ménage. Les trois cars des frères Tahet (entreprises Grana) qui transportaient allègrement les 39 participants de notre seule caravane n'eurent une panne, pas un accroc, se tirèrent sans une minute de retard de leurs 250 kilomètres par jour à 35 à l'heure de moyenne, et, si on ne leur demanda pas davantage, ce fut par crainte de nous fatiguer, nous et non leur matériel Panhard.
Cependant, toute médaille a son revers. J'ai reçueilli certaines homélies. Biskra, entre autres, paraît se plaindre d'être en train de perdre, du fait justement de l'engouement pour cette façon de voyager, ce prestige de grande station d'hivernage qu'elle commençait d'acquérir et qui pouvait la dresser, un jour, en émule et égale d'Alexandrie, de Monte-Carlo. Des centaines de touristes par jour, lors de la saison, y débarquent, y passent une journée ou deux, filent sur Timgad ou sur Touggourt après une pointe à Sidi Okba. Plus de ces aristocratiques colonies étrangères, ou même françaises, installées pour trois ou quatre mois, fidèles à la tradition de l'élégance au repas du soir et se plaisant aux bals sur terrasses en ces nuits de Noël tropicales où passe le volètement des cigognes. De tels hôtes conserveraient-ils leur place dans des hôtels où les «tourneurs» s'assurent par priorité la leur quand ils vont quérir leurs billets au 6 bis de la rue Auber? Et, l'eussent-ils, s'accommoderaient-ils de ne plus se retrouver en eux, de voir leur intimité troublée par la survenue perpétuelle de convives en complet de sport, possédant, dans leur valise, juste un peu de linge de rechange?
Plaintes justifiées, c'est possible; situation qui ne changera guère plus, car l'«autocarisme» est entré définitivement dans les mœurs, et la formule nous que nous venons d'appliquer nous-mêmes, de l'«Algérie en neuf jours» ne manquera pas de séduire de plus en plus des générations de plus en plus pressées. Que, si elles cherchent malgré tout à reconquérir le pensionnaire durable qu'ont réussi, eux, à fixer les rivages méditerranéens, il faudra que l'Algérie du Sud, à son tour, s'abaisse ou s'élève, à lui offrir des attractions.
Artistiques? Pourquoi pas ? Une troupe d'opéra, corps de ballet compris, à Biskra, et des concerts, des conférences, c'est tout un mouvement à créer. On a vu, ces jours derniers, comment la seule annonce d'Oreste, avec Albert Lambert et Delvair a fait surgir, à l'heure dite, aux antiques gradins de Timgad, trois mille spectateurs d'une région où, souvent, pas un être vivant n'apparaît, projetant son ombre sur des kilomètres carrés.
Sportives, aussi, et qu'on m'excuse si je ramène un thème qui m'est cher. Qu'on le veuille ou non, il y a désormais dans le sport un des seuls éléments capables de passionner les foules modernes, plébéiennes ou aristocratiques. Golf ou tennis, de vastes tournois à publicité suffisante, un Wills-Lenglen à Biskra -et il y suffirait peut-être d'une démarche- de la Marcelle Tinayre du désert, le sport venant à l'aide du tourisme comme il est normal de la part d'une activité fraternelle, voilà peut-être, pour l'avenir de la merveilleuse oasis pour l'un de ses avenirs possibles, -car, en tout état de cause, sa splendeur est éternelle- un ingénieux moyen de salut.
MARCEL BERGER.
Le surtourisme résultat du Covid... pourquoi pas l'augmentation du narcotrafic ou les agressions sexuelles d'enfants... L'emipre du commerce à outrance qui fait évoluer les comportements n'est certainement pas le seul facteur, mais il a probablement une part de responsabilité qui n'est pas négligeable.
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