| Le Petit Journal illustré - 23 mai 1926 |
La grève générale en Angleterre
Bien qu'elle n'ait pas paru nous toucher directement, la grève générale en Angleterre a vivement préoccupé l'opinion publique française. Les grands mouvements sociaux de ce genre ont toujours, même pour les pays qui n'en pâtissent pas, une valeur d'enseignement. On suit avec fièvre les événements pour voir ce qui en adviendra, les réactions qu'ils produisent chez les grévistes et dans la foule des consommateurs, la façon dont ces derniers suppléent aux organismes publics mis en sommeil, les solutions enfin qui interviennent pour apaiser le conflit.
La grève anglaise, en tant que grève générale, est terminée. Mais la grève des ouvriers des mines, point de départ du mouvement qui a englobé une masse de travailleurs, n'a pas abouti encore à un fin équitable pour les deux partis en présence. Il est permis, toutefois, de faire à ce propos quelques réflexions profitables.
La première, d'ordre général, est que la vie publique, désorganisée dès le premier jour de la grève, a recommencé aussitôt à reprendre son équilibre. De nombreux volontaires se sont présentés pour remplacer les grévistes et faire fonctionner les lignes de chemin de fer, de métro, d'autobus et les services de ravitaillement. A part un ou deux incidents malheureux, tous ces volontaires se sont bien tirés de leur tâche.
La seconde est l'énergie employée par le gouvernement pour empêcher toute entrave au travail. De même qu'il respectait la liberté des grévistes, il savait défendre les travailleurs. Tout perturbateur était arrêté et jugé, séance tenante, condamné même souvent à des peines sévères. En cas de trouble collectif, la police intervenait aussitôt et dispersait les manifestants avec une rudesse impitoyable.
Enfin, la dernière réflexion que l'on peut faire met en lumière le caractère particulier du peuple britannique: jamais celui-ci ne s'est départi de son flegme. Dans la rue même où se produisait une collision entre grévistes et policiers, les habitants continuaient à vaquer à leurs occupations habituelles sans chercher le moins du monde, non seulement à intervenir, mais aussi à contempler le spectacle à la façon des badauds.
Ce sont ces réflexions diverses que nous avons voulu synthétiser dans notre grande composition en couleurs de première page. Tandis que, dans le fond, des policemen chargent des manifestants à coups de bâton, au premier plan, un brave «Bobby» va, de porte en porte, déposer les bouteilles de lait qu'on lui a confiées. Il ne faut pas que les enfants souffrent de la grève. Alors, n'est-ce pas? il fait son service, un peu inhabituel, avec gravité, et partout il est accueilli avec un sourire reconnaissant.
| retour 23 mai 1926 |








































































