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Le Petit Journal illustré - 16 mai 1926


Le Petit journal illustré 1926 05 16 Sidi Ferruchv Le Petit journal illustré 1926 05 16 02 Nos gravures

Le drame du "Sidi-Ferruch

Lors de l'arrivée à Marseille du Sidi-Ferruch, vapeur venant d'accomplir la traversée d'Algérie en France, et comme on commençait le déchargement de ce navire, l'atrention des officiers du bord fut attirée par des cris semblant provenir de la soute à charbon. On y descendit et, on découvrit deux Arabes blessés et tout tremblants encore d'épouvante.
Transportés à l'hôpital aussitôt, ils furent interrogés. Non sans peine, ils avouèrent que des marins du Sidi-Ferruch les avaient aidés à se cacher dans la caie, lors du départ d'Alger, et que, pour n'avoir pas à payer le voyage, beaucoup d'autres Arabes, désireux de venir en France, s'étaient cachés de même.
Sur-le-champ, des recherches furent entreprises et l'on découvrit, enterrés sous le combustible, dans les soutes, treize de leurs compatriotes qui, avant leur départ d'Alger, avaient constitué, avec des gros blocs de charbon; un abri sommaire qui n'avait pu résister jusqu'à l'arrivée aux violents coups de roulis causés par le mauvais temps.
Les malheureux avaient été ensevelis sous l'écroulement du charbon et étaient morts asphyxiés.
Mais le drame était plus sombre encore qu'on ne le supposait. En poursuivant les recherches, on eut l'idée d'explorer le ballast, couloir placé sous le navire, au-dessus de la salle des machines, et où règne une température d'environ 70 degrés. On déboulonna le couvercle du passage. Une odeur nauséabonde se dégagea qui prit à la gorge les sauveteurs. Ceux-ci, n'y pouvant résister, firent appel au concours des sapeurs-pompiers qui, munis de casques spéciaux, effectuèrent de pénibles recherches. Quatre longues heures d'efforis leur permirent de retrouver les corps ineries de quinze Arabes, dans un triste état.
Cinq de ces malheureux, au contact de l'air, parurent se ranimer. On les transporta en hâte à l'hôpital où l'un d'eux, à demi asphyxié, succombait bientôt. Les dix autres étaient morts dans le plus sombre des linceuls et les dix cadavres présentaient une attitude qui décelait les horribles souffrances endurées.
L'enquête de police, entreprise aussitôt, a démontré qu'il existe à Alger une véritable organisation d'embarquement clandestin et que des complicités se trouvaient à bord même du Sidi- Ferruch. C'est ainsi que quatre chauffeurs du vapeur ont été arrêtés. Ces embarquements clandestins coûtaient, paraît-il, aux Arabes, 200 fr. par personne pour la traversée."


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