| Excelsior - 16 mai 1926 |
LE MARECHAL PILSUDSKI L'A FINALEMENT EMPORTÉ
M. Wojciechowski, président de la République, a
renoncé au pouvoir et transmis ses attributions
au maréchal de la diète.
M. Witos, président du Conseil, a remis la démission
du cabinet tout entier.
UN NOUVEAU GOUVERNEMENT VA ÊTRE CONSTITUÉ
VARSOVIE 15 mai. L'agence télégraphique polonaise publie l'information suivante :
Hier, à 10 heures du soir, les représentants du président de la République, M. Wojciechowski, l'abbé Tokarzevuski et le commandant Mazamek, ont remis au maréchal de la Diète, M. Rataj, une lettre du président Wojciechowski demandant au maréchal de la Diète de se rendre immédiatement à Wilanow pour y obtenir une déclaration ayant pour but la cessation de la division, partageant la nation en deux camps.
(Suite page 3, colonne 1.)
(Suite de la page 1, colonne 5)
Donnant suite à cet appel, M. Rataj s'est rendu auprès du président de la République qui, à minuit, a renoncé au pouvoir et a transmis, conformément à l'article 40 de la Constitution, ses attributions présidentielles au maréchal de la Diete. En même temps, le président du Conseil, M. Witos, a remis la démission du gouvernement entier.
Après son retour à Varsovie, M. Rataj a repris aussitôt contact avec le maréchal Pilsudski. Cet après-midi, des conversations étaient en cours dans le but de constituer aussi promptement que possible un nouveau gouvernement et de rétablir complètement la situation normale à laquelle la démission du président Wojciechowski et celle du gouvernement Witos ont ouvert la voie, en rendant possible l'application des principes de droit à une situation de fait.
Le conseil de cabinet
BERLIN, 15. mai. On mande de Varsovie:
Au cours d'un conseil de cabinet tenu le 14 mai, à 17 h. 30, à Villanow, en présence du président de la République, ce dernier a posé la question de savoir si, en raison de l'occupation de la capitale par le maréchal Pilsudski et de la guerre civile menaçante, il était opportun de continuer la résistance, ou s'il était préférable d'abandonner la lutte. Convaincu que la continuation de la lutte dans les circonstances actuelles conduirait à une guerre civile entre les diverses provinces, qu'il était nécessaire de maintenir l'unité de l'armée en raison des dangers qui menacent les frontières nationales, et enfin, qu'une division entre les provinces doit être évitée, le conseil a estimé que la suspension de la lutte était une nécessité de l'heure.
Convaincu, d'autre part, que cette tâche était plus facile à remplir par un nouveau gouvernement, le conseil des ministres a décidé de donner sa démission.
Le président de la République a en même temps fail connaitre sa décision de déposer ses fonctions.
Le communiqué
du maréchal Pilsudski
PRAGUE, 15 mai.
On mande de Varsovie, via Cracovie, à l'agence Cetka, qu'un communiqué publié par l’état-major du maréchal Pilsudski dit:
Le président de la République a démissionné en faveur du maréchal Pilsudski. Le cabinet Witos a été dissous. Le maréchal Pilsudski et M. Rataj, maréchal de la Diète, travaillent à la formation d'un nouveau cabinet d'hommes honnêtes et dignes de confiance.
Les combats finis, les détachements seront renvoyés dans leurs garnisons. Le maréchal Pilsudski, dans une proclamation, exhorte la nation à garder le calme et recommande à l'armée une attitude honnête et digne.
Ce matin ont eu lieu à Varsovie les obsèques des cinquante soldats, victimes des combats.
LA FORMATION
DU NOUVEAU GOUVERNEMENT
Le maréchal Pilsudski
deviendrait
ministre de la Guerre
BERLIN, 15 mai. On mande de Varsovie: Le député Bartel continue ses pourparlers en vue de la formation du nouveau gouvernement. On déclare que le maréchal Pilsudski prendrait le portefeuille de la Guerre dans le nouveau ministère.
La convocation
de l'Assemblée nationale
On mande de PRAGUE, 15 mai. Varsovie, via Cracovie, que M. Rataj, maréchal de la Chambre, qui assume le pouvoir à la place de M. Witos, a déclaré qu'il voulait fixer prochainement la date pour la convocation de l’Assemblée nationale qui doit élire le nouveau président de la République.
L'ambassade de France
fut au centre des combats
VARSOVIE, 15 mai. Les combats dans le quartier où se trouve l'ambassade de France à Varsovie ont cessé ce matin à 11 heures. Pendant trente-six heures, des mouvements de troupes se produisirent autour de l'hôtel de l'ambassade, qui se trouvait complètement entouré et reçut un grand nombre de balles.
La reddition des troupes gouvernementales a eu lieu ce matin. Mais il ne semble pas que les troubles soient terminés. On signale qu'en Posnanie et en Haute-Silésie un fort mouvement d'opinion se manifeste contre le maréchal.
La réussite de Pilsudski
est généralement bien accueillie
BERLIN, 15 mai. Toutes les nouvelles venant de Pologne confirment le succès du coup d'Etat du maréchal Pilsudski, mais les renseignements sont moins certains sur la suite des événements. D'après ies uns, le député Bartel aurait accepté la mission de former le nouveau ministère. Suivant d'autres, il aurait formé un gouvernement provisoire composé du maréchal Pilsudski, de M. Strinsi et de M. Ponitowski. Aucune confirmation de cette dernière nouvelle n'a été reçue jusqu'ici.
A la suite du succès de Pilsudski, les syndicats ont ordonné la cessation de la grève générale.
Le président de la République et les membres du gouvernement Witos, à l'exception de deux ministres qui se sont enfuis à Posen, se sont réfugiés dans le village d'Augustowka, près de Varsovie. La fuite du chef de l'Etat aurait produit une mauvaise impression sur les troupes chargées de la défense du Belvédère. A Varsovie, la réussite de Pilsudski serait bien accueillie. Des manifestations en faveur du maréchal auraient eu lieu dans la soirée d'hier.
Dans une proclamation à la nation, le maréchal aurait déclaré n'avoir en vue que l'intérêt du pays et le bien-être de la population.
Suivant des informations venant de la frontière polonaise, il y aurait eu dans le combat autour du Belvédère 800 tués et 2.000 blessés. De nombreux curieux, voulant assister aux événements et s'étant approchés de trop près, auraient été tués et blessés.
D'après une information de Dantzig, le général Haller serait arrivé à Thorn et se serait entretenu avec les autorités civiles et militaires, dans le but de constituer une garde nationale pour la défense des intérêts polonais sur le territoire de l'ancienne province de la Prusse occidentale.
Contrairement à ce qui a été annoncé, le général Sikorski n'a pas encore entrepris le contre-mouvement dont il a été parlé. On lui prête l'intention de diriger ses troupes sur Cracovie afin d'y soulever une contre-révolution.
On parle de mobilisation générale
LONDRES, 15 mai. L'agence Reuter reçoit une dépêche de Prague en date d'aujourd'hui, annonçant qu'on mande de la frontière que la mobilisation générale aurait été ordonnée en Pologne. Les ordres de mobilisation ont été remis aujourd'hui.
Calme en Silésie
BRESLAU, 15 mai. La situation en Silésie est, calme. Les officiers sont favorables au maréchal Pilsudski. Néanmoins, certains corps de troupe sont parlis pour rejoindre les forces gouvernementales.
Pas de progroms
VARSOVIE, 15 mai. L'agence télégraphique polonaise annonce que toutes les nouvelles concernant des progroms.contre les juifs, le pillage des magasins et l'anarchie qui règnerait dans le pays, sont entièrement dépourvues de fondement.
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