| L'Humanité - 16 mai 1926 |
LE COUP D'ÉTAT POLONAIS
Le réactionnaire Witos
est vaincu à Varsovie
PILSUDSKI, L'AVENTURIER ANTIBOLCHEVIK,
S'EST EMPARÉ DU GOUVERNEMENT
Le président de la république polonaise a renoncé au pouvoir en faveur du maréchal Pilsudsky et le gouvernement Witos a été dissous.
Il est impossible encore de dire comment en Pologne même se répercutera cette abdication gouvernementale. Mais, On entrevoit facilement déjà les premières conséquences du coup d'Etat polonais sur l'ensemble de la politique européenne.
Depuis le traité de Versailles, toute la politique de l'Entente, la politique de la France en particulier fut basée sur l'existence d'un Etat polonais «libre et indépendant» qui menacerait à la fois la Russie révolutionnaire et l'Allemagne vaincue !
Forte de l'appui de la France, la Pologne, à la faveur d'un coup de force exécuté par le général Zeligowsky et sanctionné par la conférence des ambassadeurs et par la S. D. N., s'empara du territoire lithuanien de Vilna.
Voilà que 5 ans après la signature des traités, cet Etat polonais, pièce maîtresse du mécanisme de Versailles, est en pleine décomposition.
Poznan et la Posnanie, sont favorables aux réactionnaires. Les anciennes provinces autrichiennes et russes sont occupées par les insurgés victorieux. Et, profitant du désarroi de la guerre civile, les Lithuaniens avancent sur Vilna.
Les derniers événements de Pologne ne constituent pas seulement une atteinte grave aux stipulations de Versailles, ils portent un coup mortel aux élaborations de Locarno. Ils remettent en question toute l'Europe artificielle d'après Versailles et d'après Locarno. A Locarno, après de longues hésitations et des atermoiements sans fin, Skzynsky avait dû consentir à voir s'effondrer pratiquement les vieux traités militaires qui liaient l'un à l'autre les impérialistes de Paris et les nationalistes de Pologne. En échange de sa signature, au bas des textes locarniens, le ministre des Affaires étrangères de la Pologne avait reçu la promesse très vague d'obtenir un siège permanent au Conseil de Genève.
Survint la session de mars de la S. D. N., l'opposition allemande, le velo suédois, le compromis abandonné sitôt conçu, le fiasco le rejet des revendications. polonaises.
Dès lors, les jours du cabinet Skzynsky étaient comptés. Il aurait survécu à l'échec diplomatique sans la débâcle financière. La dégringolade du sloty, l'accroissement du chômage condamnaient irrémédiablement ce gouvernement moribond.
En vain M. Boncour parcourut-il la Pologne, célébrant le rôle historique de ses militaires. En vain, Skzynsky renversé, l'ambassadeur français Laroche voulut-il chanter à Witlos les mérites de la politique locarnienne.
Convaincu de l'inutilité d'une telle entreprise, l'ambassadeur anglais à Varsovie, plus pratique, favorisait déjà le pronunciamento de Pilsudsky.
Le triomphe du maréchal d'aventure est en définitivè celui du Foreign Office. Il fait partie de la politique générale des conservateurs anglais contre l'U.R.S.S. Le gouvernement réactionnaire qui vient d'être renversé en Pologne représentait le fascisme le plus odieux..
Mais que représente Pilusdsky? Ce maréchal d'opérette a attaché son nom aux intrigues les plus louches contre la Russie réovlutionnaire, il a été l'exécuteur des basses œuvres des généraux blancs de France et d'Angleterre, il a été l'homme de Weygand!
Les prolétaires se souviennent de son rôle néfaste. Son arrivée au pouvoir avec le concours du Foreign Office est un "danger pour la paix, une provocation directe pour la Russie révolutionnaire ! Le fascisme des hobereaux a été écrasé à Varsovie, mais il n'aurait pu l'être sans la colère des ouvriers et des paysans. Ceux-ci n'auraient rien changé à leur situation misérable s'ils acceplatent aujourd'hui la dictature d'un aventurier. La réaction abattue, ils ont un devoir urgent, impérieux: il leur faut préparer l'instauration du gouvernement ouvrier.
G. PERI,
LE GOUVERNEMENT A CAPITULÉ
Berlin, 15 mai. Le maréchal du Sejm (Parlement) a reçu du président de la république une lettre lui faisant savoir qu'il le démet de ses fonctions de président de l'Etat et que, conformément à la Constitution, il transmet les droits du président au maréchal du Sejm. Dans une seconde lettre au maréchal, tout le gouvernement donne sa démission. Le maréchal a acceplé celte démission.
Page deux
Le coup d'Etat polonais
CERNÉ PAR PILSUDSKI
LE GOUVERNEMENT WITOS
A CAPITULÉ
Berlin, 15 mai. Suivant des nouvelles parvenues à Dantzig, les troupes fidèles au gouvernement Witos se seraient retirées au sud de Varsovie et seraient en complète dissolution.
Un journal de Breslau déclare qu'hier à midi de sérieux combats ont eu lieu aux environs du palais du Belvédère. A 4 heures de l'après-midi a commencé le bombardement général du palais et la garnison s'est rendue à 5 heures.
Le maréchal Pilsudski s'est rendu immédiatement au Belvédère, entouré de son état-major.
Le président de la République, qui se trouve avec ia majorité des membres du gouvernement dans les environs de Varsovie, a envoyé au maréchal Pilsudski un delégue dans but d'entamer des fourparlers.
Haller et Sikorski aux côtés du maréchal
Berlin, 15 mai. La Gazette de Voss prétend que les chefs du mouvement contre Pilsudski, les généraux Haller et Sikorski, auraient passé dans le camp du maréchal et toutes les formations militaires auraient pris parti pour lui.
Le maréchal est maître de toutes les jonctions ferroviaires et les lignes stratégiques et, grâce à l'appui des syndicats de cheminots, il empêche l'arrivée des renforts du gouvernement.
On se battrait aux frontières polonaises
D'autre part diverses dépêches arnoncent que des combats violents se seraient produits à la frontière, notamment du côté de Vilna, où les Lithuaniens auraient pénétré en territoire polonais.
La grève générale
Ainsi que nous l'annoncions samedi matin, les syndicats socialdémocrates polonais pour empêcher le transport des troupes gouvernementales avaient proclamé la grève générale.
Celle-ci devait commencer aujourd'hui à Lodz et à Cracovie.
Notons encore que le parti populiste « Wyzwolenge » avait avant l'abdication publié un manifeste contre le président de la République et contre Witos.
Mobilisation générale (?)
Londres, 15 mai. L'Agence Reuter reçoit une dépêche de Prague en date d'aujourd'hui annonçant qu'on mande de la frontière que la mobilisation générale aurait été ordonnée en Pologne. Les ordres de mobilisation ont été remis aujourd'hui.
L'attitude de l'U. R. S. S.
Moscou, 15 mai. La presse étrangère ayant publié des nouvelles sur une prétendue concentration des troupes soviétiques à la frontière polonaise à la suite des derniers événements de Pologne, l'Agence Tass est autorisée à démentir catégoriquement ces bruits et à affirmer que le gouvernement soviétique, dan ce cas comme dans tous les autres, s'abstient de toute immixtion dan les affaires intérieures des autres Etats. (Havas.)
Le nouveau ministère
D'après certains renseignements, le député Bartel aurait accepté la mission de former le nouveau ministère. Suivant d'autres, il aurait formé un gouvernement provisoire composé du maréchal Pilsudski, de M. Strinsi et de M. Ponitowski. Aucune confirmation de cette dernière nouvelle n'a été reçue jusqu'ici.
Suivant la Gazelle de Voss, le gouvernement Witos aurait adressé aux troupes accourant de la province à son appel l'ordre de regagner leurs garnisons. A la suite du succès de Pilsudski, les syndicats ont ordonné la cessation de la grève générale.
Le P.P.S. contre le gouvernement ouvrier
Le parti socialdémocrate polonais a décliné l'offre des communistes de coopérer à la formation du gouvernement paysan et ouvrier.
D'autre part, le député Bartel a continué ses pourparlers en vue de la formation du nouveau gouvernement. On déclare que le maréchal Pilsudski prendrait le portefeuille de la guerre dans le nouveau cabinet. (Havas.)
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