| L'Homme Libre - 16 mai 1926 |
Revue de la Presse
L'ordre règne à Varsovie
Telle est la classique formule dont les dépêches font suivre la nouvelle annonçant le coup d'Etat polonais. On dit cependant que les troupes demeurées fidèles au régime marchent sur Varsovie. Le maréchal Pilsudski détient aujourd'hui le pouvoir, il entend le défendre et le conserver. Que va-t-il advenir de la Pologne ?
Le gouvernement d'un homme fort pourrait lui être bienfaisant, dit M. Jules Sauerwein dans le Matin, mais si ce coup d'Etat avait pour effet de précipiter la Pologne dans les horreurs d'une guerre civile, sept ans après sa résurrection, la face de l'Europe, de cette Europe encore si instable, pourrait en être modifiée. Tous les renseignements qui me sont venus d'Allemagne ces jours-ci me démontrent que les partis nationalistes du Reich refusent obstinément de se rallier à la sage politique couronnée à Locarno, et l'on sait ce que peut, dans un pays comme l'Allemagne, une minorité agissante dépourvue de sens politique. Il vaudrait vraiment mieux, pour la Pologne comme pour les autres nations, ne pas fournir à ces exaltés les occasions qu'ils recherchent impatiemment,
Realpolitik
Le «redressement allemand» est certes quelque chose de prodigieux, si la réalité est conforme aux apparences, mais en tout état de cause la technique de ce rétablissement mérite de retenir l'attention.
Si, devant un économiste allemand, vous marquez quelque surprise à ce sujet, dit M. Stéphane Berger dans l'Impartial Français, vous pouvez tenir pour assuré qu'il vous tiendra le langage suivant :
«Cher monsieur, je m'explique mal votre étonnement. Dès que le Reich, ayant créé une monnaie stable, a perçu des impôts «or», il devait avoir des excédents. Tout est là. Le reste est une affaire de sage répartition. Le Reich n'avait pas intérêt a sauver une foule d'affaires vivant mal d'une vie artificielle. Il s'est naturellement occupé des autres, déjà organisées, et de plus en plus contraintes d'améliorer leur fonctionnement et de se concentrer. Il a fallu passer par une période de faillites. Mais l'assainissement était à ce prix. Il en sera de même chez vous. Plus vous attendrez, plus la crise sera grave,
«Au lieu de vous inspirer de nos expériences, vous préférez encore vous attarder à l'inopérante «thérapeutique des symptômes». Vous devriez savoir qu'aucun des petits moyens que vous tentez ne mène à rien de sérieux, ni les interventions en Bourse, ni les augmentations d'impôts-papier, ni les appels aux contributions volontaires, ni les mesures contre la spéculation... Notre exemple n'a-t-il pas démontré aux plus obtus qu'il n'y a rien à faire dans cet ordre d'idées ?
La crise britannique
A la grève générale succèdent les grèves corporatives. Leur importance n'est pas moins grande et leur caractère aussi menaçant.
Les cheminots, qui remplacent les mineurs sur le devant de la scène, dit à ce sujet Pertinax dans l'Echo de Paris, ont donné le signal. Depuis huit jours le trafic s'est, il va sans dire, grandement ralenti sur les voies ferrées, et il ne reprend que peu à peu. En conséquence, les compagnies ne veulent réengager leur personnel que dans la mesure où il se développera. Pas de rentrées en masse. C'est là-dessus que la Fédération des cheminots déclara une nouvelle grève, cet après-midi, contre l'avis de M. J.-H. Thomas. Même difficulté chez les dockers, les employés des omnibus, etc.. D'autre part, les patrons laissent prévoir des exigences nouvelles. Par exemple, ils veulent que les nouveaux contrats les protègent contre les abandons de poste injustifiés. Ils pressent les Trade-Unions de n'exercer aucune représaille pécuniaire contre les serviteurs fidèles. Peut-être même entendent-ils se réserver la liberté d'exclure certains hommes chargés sur les réseaux de fonctions importantes et qui ne leur inspirent plus confiance.
La propreté du trottoir
Un réglement de police interdit le jet de papiers sur la voie publique. Respecté pendant un temps, ce règlement, hélas, est retombé dans l'oubli et le «Petit Bleu» réclame, non sans raison, que des instructions soient données aux agents de la force publique pour qu'ils veillent à sa stricte application.
Nous avons pu constater dit notre confrère, sur les boulevards, entre la rue des Capucines et la place de l'Opéra, que les trottoirs sont jonchés de prospectus.
Ceux qui se distinguaient par leur nombre étaient distribués à la gloire d'un tailleur de la rue Vivienne et d'un médecin dont la spécialité gagnerait à être un peu plus discrètement signalée.
Dans ce second cas, il ne s'agit pas seulement de la propreté de la rue mais d'une autre propreté aussi et peut-être même plus importante. En effet, les prospectus du docteur «spécialiste», c'est-à-dire syphiligraphe, contenaient des noms de maladies d'une précision regrettable. Ces noms n'étaient point les noms scientifiques, mais les appellations vulgaires, celles que l'on donne dans les casernes aux maladies vénériennes que tout le monde, quoi qu'on en dise, n'a pas encore. Tous ceux à qui on remettait ces prospectus, après y avoir donné un coup d'œil, les rejetaient sur la voie publique et le plus souvent avec un geste de dégoût.
Nous avons vu donner ce bout de papier sali de ces mots que l'on tait en honnête compagnie, à des jeunes filles, mieux que cela, nous l'avons vu remettre à une enfant d'environ quatorze ans qui s'en allait, la raquette de tennis sous le bras, jouer avec de jeunes compagnes,
A la manière de Mac-Mahon
La célébration de la fête de Jeanne d'Arc n'a heureusement, pas été partout aussi mouvementée qu'à Paris.
A Orléans, conte le Cri de Paris, la procession se déroula, sous un ciel menaçant. Mais, quand les bannières et les châsses, les petits enfants de choeur et les hauts dignitaires ecclésiastiques furent rentrés dans les églises, les nuages crevèrent et les malheureux soldats qui défilaient devant la statue de Jeanne d'Arc furent mouillés jusqu'à l'âme.
A l'issue de la cérémonie militaire, le général commandant le corps d'armée s'approcha des tribunes officielles. On crut qu'il allait prononcer un discours. Mais le vieux guerrier, saluant d'un geste large de son épée le maire, le préfet, les sénateurs et les députés qui s'abritaient sous des parapluies, lança d'une voix tonitruante: -Pour de l'eau, c'est de l'eau !
Le président est bon enfant
M. Doumergue, quand il est à Rambouillet, refuse toute les invitations et ne s'absente jamais, le soir, du château.
- Mais vous avez des autos, lui dit-on, conte le Cri de Paris.
- Certes, répond-il, mais il y a les gendarmes.
- Les gendarmes ?
- Eh oui, dit le président, avec son savoureux acent du Midi. Quand je quitte Rambouillet le soir, on alerte tous les gendarmes le long de la route, et les «pôvres ne peuvent se coucher que quand je suis rentré. Alors, j'aime mieux ne pas sortir... Parce que, vous savez, les gendarmes, ce n'est pas moi qui les alerte, c'est un type plus puissant que moi, et sur lequel je ne peux rien, hélas, c'est le préfet de police…
Claude Villechaud.
« Que d'eau, que d'eau », sont les mots prononcés par le président Mac-Mahon à son arrivée à Toulouse le 26 juin 1875, à propos des inondations de la Garonne
| retour 16 mai 1926 |







































































