| Journal des débats - 16 mai 1926 |
Les grèves anglaises
La situation
Notre correspondant de Londres nous écrit, le 14 mai : Si la grève générale est terminée, la grève des mineurs, seule légitime et légale, continue jusqu'à ce que des négociations immédiates ou différées, mais inévitables et indispensables, auront réglé le double problème du salaire des mineurs et de la réorganisation de leur industrie. C'est ce que va décidér une conférence des délégués des mineurs, convoquée par le comité exécutif de la Fédération.
Sir Herbert Samuel, qui était le président de la commission d'enquête, a pris l'initiative, pendant la grève, de discuter, avec le conseil général des Trade Unions, les bases sur lesquelles pourrait être négocié avec la Fédération des mineurs. Le conseil général a jugé qu'il y avait là une base de nature à donner de bons résultats et c'est alors qu'il a révoqué l'ordre de grève.
Le comité exécutif de la Fédération des mineurs, qui n'a pas pas participé aux conversations avec Sir Herbert Samuel, repousse les bases de négociation proposées par celui-ci parce qu'elles impliquent une réduction de salaires et il renouvelle à ce sujet ses déclarations antérieures. Il ajoute que la question va être soumise à une conférence de délégués. En attendant, la grève des mineurs continuera. On ne saurait naturellement dire à quelle décision cette conférence des mineurs aboutira vendredi, et, pour l'instant, où en sont les choses au point de vue la grève générale.
Celle-ci a complètement désorganisé les services publics et paralysé un nombre d'industries qui ne pourront revenir que graduellement une situation normale. C'est une affaire qui, pour la plupart des usines et commerces, peut demander plusieurs jours et pour d'autres plusieurs semaines.
Il faut aussi tenir compte du fait que la grève des mineurs, en se prolongeant, peut causer beaucoup de gêne et même de perturbation dans les chemins de fer, les usines à gaz d'électricité et dans de nombreuses industries. Les neuf jours de grève générale ont déjà suffi à réduire à néant le budget de M. Churchill, à arrêter le commerce et l'industrie, à les empêcher de signer des contrats et d'entreprendre des livraisons à date fixe, à faire, par conséquent, chômer beaucoup d'ouvriers, augmenter le nombre des chômeurs, et, enfin, à rendre plus lourds les impôts.
Cette leçon coûteuse ne sera pas perdue pour le peuple anglais qui, dès le commencement de la grève, a résolu que pareil fait ne se renouvellera pas, et qu'il faut que les Trade Unions soient ramenées leur fonction première et légitime comme associations professionnelles. Elles ne devront plus, à l'avenir, servir de tremplin à des ambitions politiques qui n'ont pas ce qu'il faut pour arriver au but, et qui, lorsqu'elles y arrivent, le ministère Mac Donald en est un exemple instructif, se distinguent beaucoup moins par ce qu'elles sont capables de faire que par ce qu'elles sont incapables d'accomplir.
Aujourd'hui la preuve est faite que les Trade Unions, quand elles sortent de leurs attribu-, tions, peuvent faire beaucoup de mal et ne peuvent faire aucun bien. Les mesures à prendre à leur égard sont les mêmes, et pour les mêmes raisons, que celles que l'on adopte pour empêcher les enfants de jouer avec des allumettes ou des armes à feu.
P. V.
Fin de la grève des cheminots
Un accord a été signé hier à 16 h10 entre les compagnies de chemins de fer d'une part et, d'autre part, la Fédération nationale des cheminots, le syndicat des mécaniciens et chauffeurs de locomotives et l'Association des employés de bureau des chemins de fer.
L'accord en question prévoit :
1° Que les employés des compagnies ferroviaires qui se sont mis en grève seront réintégrés dès que la circulation des trains le permettra et dès qu'on pourra leur trouver du travail. Le principe devant être suivi pour les réintégrations sera l'ancienneté dans chaque catégorie et dans chaque gare, dépôt ou bureau ;
2° Les Trade Unions admettent qu'en ordonnant la grève elles ont commis un acte préjudiciable envers les compagnies et elles admettent également que les compagnies n'abandonnent pas, du fait de la réintégration, leurs droits de réclamer des dommages-intérêts aux grévistes et autres personnes responsables;
3° Les Trade Unions s'engagent :
a) A ne pas donner de nouveau à leurs hommes l'instruction de se mettre en grève sans négociations préalables avec les compagnies ;
b) A ne donner aucun appui à leurs membres dans le but de prendre des mesures quelconques non autorisées ;
c) A ne pas encourager les employés de la catégorie spéciale de la direction et de l'inspection à participer à une grève quelconque ;
4° Les compagnies font savoir qu'à la suite de la grève, il sera peut-être nécessaire de déplacer certains travailleurs, mais le traitement ou le salaire de ces derniers ne sera réduit en aucun cas. Chaque compagnie fera connaître aux Trade Unions, dans le délai d'une semaine, le nom des hommes qu'elle a l'intention de déplacer et elle donnera à chaque homme l'occasion de faire défendre sa cause devant le directeur général;
5° L'accord ne s'applique pas aux personnes coupables de voies de fait ou d'intimidation.
Les négociations avec les mineurs
M. Baldwin a reçu hier les représentants des propriétaires de charbonnages et ceux des mineurs. Il se rencontrera probablement de nouveau avec eux au début de la semaine prochaine, lorsqu'ils auront pu étudier soigneusement les propositions pour le règlement du conflit minier que le Premier Ministre leur a fait parvenir dans la soirée.
Donner effet aux propositions de la commission royale en ce qui concerne l'amalgamation des mines; prélever une contribution sur les royalties touchés actuellement par les propriétaires de mines; mettre une interdiction à l'embauchage de nouveaux ouvriers; établir un comité national des salaires sur les mêmes principes que celui régissant actuellement les salaires des ouvriers des chemins de fer.
Le gouvernement propose en outre :
1° L'établissement d'un conseil national chargé du contrôle de la distribution de la force motrice et du combustible, les ouvriers étant représentés au sein de ce conseil;
2° La nomination d'un comité chargé d'enquêter sur la question de la vente du charbon aux syndicats:
3° La nomination d'un comité qui serait chargé d'examiner toutes les propositions relatives à la répartition des bénéfices et aux allocations à accorder aux familles des mineurs ;
4° L'établissement d'un plan concernant la création de comités spéciaux dans chaque mine;
5° L'établissement d'un plan tendant à venir en aide aux ouvriers qui seraient appelés à être transférés dans d'autre puits
6° La nomination d'un comité qui étudierait la question du logement des ouvriers dans le district minier.
Les mineurs devraient s'engager à accepter une certaine réduction de salaires, dans toutes les régions. Mais les salaires ne seraient pas réduits lorsqu'ils ne s'élèveraient qu'à 45 shillings ou moins par semaine. Les propriétaires de charbonnages paieraient des salaires basés sur le produit net des mines et le gouvernement serait prêt à fournir des subsides jusqu'à concurrence d'environ trois millions de livres, afin de parfaire, si nécessaire, la somme remise pour le paiement des salaires à fixer. La conférence des délégués mineurs se réunit à nouveau ce matin.
Dans l'industrie
Dans toutes les grandes villes, on annonce que des milliers de grévistes se sont présentés hier à leurs usines, mais que, étant donné le manque de matières premières ou de combustible, un certain nombre d'entre eux seulement ont pu reprendre leurs occupations. Les autres sont voués à un chômage forcé jusqu'à ce que les conditions soient redevenues normales.
Un meeting monstre des employés de chemins de fer, dockers, camionneurs, employés de tramways, mécaniciens et employés des chantiers de constructions navales a eu lieu hier soir, à Hull. Il a été décidé que les 30.000 ouvriers qui y assistaient continueraient la grève jusqu'à ce que le comité d'électricité de la municipalité ait retiré sa menace de poursuivre deux, grévistes, et jusqu'à ce que le comité des tramways accepte de réintégrer tous les grévistes.
Le British Worker écrit:
Un grand nombre de membres de l'Union des électriciens se sont abstenus de reprendre le travail, par suite de difficultés soulevées par les patrons. L'Union des ouvriers du bâtiment déclare que presque tous ses membres, dans tout le pays, les patrons n'ayant soulevé aucune objection, sont retournés au travail aux mêmes conditions qu'avant la grève.
A Liverpool, les patrons ont cherché à imposer de nouvelles conditions, et les ouvriers ont préféré continuer la grève. Les règlements d'exception resteront en vigueur jusqu'à ce que le travail ait repris d'une façon générale.
Quelques bagarres se sont produites dans l'Est de Londres, à Southampton et à Glasgow. La police de Londres a fait procéder à l'arrestation de sept communistes, qui cherchaient à créer des désordres.
A la Chambre des Communes
Tour à tour, MM. MacDonald, au nom l'opposition travailliste, et M. Lloyd George, au nom de l'opposition libérale, se sont félicités de l'heureuse tournure qu'ont prise les événements, et ont demandé avec insistance au chef du gouvernement d'assumer lui-même la direction des négociations. M. Baldwin a fait la déclaration suivante : J'en suis arrivé à la conclusion qu'il n'existe aucune possibilité que les deux parties en conflit en ce qui concerne la crise charbonnière aboutissent par elles-mêmes à un règlement. J'ai donc préparé des propositions qui, à mon avis, forment une base raisonnable et équitable pour un règlement. En ce qui concerne les docks et certains moyens de transport, les négociations continuent, et je ne pense pas qu'il y ait aucun accroc dans ces négociations, qui poursuivent leur cours normal.
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