| L'Humanité - 16 mai 1926 |
LA GRÈVE GÉNÉRALE CONTINUE!
Les ouvriers anglais trahis par leurs chefs
s'orientent vers la gauche
* Soyons vigilants » dit la C. G. T. U.
aux travailleurs de France
Le bureau de la C. G. T. U. nous communique :
Malgré la trahison des leaders de droite qui, en pleine bataille, ont scandaleusement capitulé devant le gouvernement et le patronat par le retrait de l'ordre de grève et en souscrivant à d'humiliantes conditions, les mineurs anglais continuent la bataille avec l'appui des dockers, des transports et des ouvriers d'autres corporations, indignés par la honteuse attitude des chefs féIons.
Jusqu'à la fin du conflit, la C. G. T. U. et le Comité de Vigilance demandent à tous les militants des organisations alertées au cours de la grève anglaise cheminots, dockers, marins, transports, de rester vigilants, en application des instructions concernant le boycott du charbon et des marchandises à destination de la Grande-Bretagne.
Le Bureau Confédéral.
Les mineurs à l'avant-garde de la lutte
La leçon pour les ouvriers n'est pas perdue. Certes, il y aura, pendant les premiers jours, un moment de dépression, mais qui ne durera pas. Surtout que les mineurs tiennent bon; les voici de nouveau à l'avant-garde de la lutte prolétarienne. J'ai parlé avec de nombreux ouvriers qui se rendent parfaitement compte que la grève générale n'a pas échoué. Ils ont perdu confiance dans les anciens chefs et tournent maintenant les yeux vers l'extrême gauche. La situation reste toujours chaotique, dans les railways. L'accord signé par Thomas, Bromley et Warkden dégoûtent même les plus modérés des cheminots. Les rentrées sont peu nombreuses, les compagnies annoncent elles-mêmes que la semaine prochaine il y aura à peine 50 % de trafic normal. Si les compagnies sont optimistes, les cheminots du sud du pays de Galles et du Middland montrent de l'obstination à ne pas accepter l'ordre de rentrée.
Dockers et ouvriers des transports ne veulent pas rentrer
Les dockers et les ouvriers transports généraux ne montrent aucun enthousiasme à rentrer, quoique pour eux les conditions de rentrée ne soient pas aussi sévères que pour les cheminots. A Hull, les dockers restent en grève; à Londres, il n'y a pratiquement aucune rentrée dans les docks. C'est tellement vrai que le Board-of Trade a annoncé ce matin que la viande manquerait certainement à Londres aujourd'hui.
Dans les tramways les ouvriers refusent de rentrer s'ils ne sont pas repris en bloc aux anciennes conditions.
Le Comité des Tramways de la ville veut obliger chaque ouvrier à solliciter personnellement sa rentrée et met comme condition que toutes les sections des ouvriers des tramways ne seront pas syndiqués et que chaque ouvrier rengagé prenne un engagement qu'il ne fera plus de grève sans donner de préavis.
A Manchester, les rentrées sont peu nombreuses. Les ouvriers des moulins à farine demeurent en grève.
A Londres, le service des autobus, tramways et chemins de fer électriques souterrains a repris ce matin. Il y a peu de volontaires en route; ils ont été licenciés. Le « Times » a ouvert une liste de souscription en faveur des volontaires de la police et des milliers de livres affluent. Le secrétaire au Home Office demande que tous les patrons versent à leurs volontaires une gratification équivalente a au moins deux journées de travail.
Les imprimeurs non plus
Le conflit des imprimeurs n'est pas terminé. Quelques journaux de Londres ont seulement paru ce matin toujours par les mêmes moyens de fortune. Ils sont pour la plupart imprimés en province sous des formats extrêmement réduits. Les négociations se poursuivent entre les maîtres imprimeurs, le directeur des messageries, l'association des propriétaires et les Unions du Livre. Celles-ci restent fermées. Il est peu probable qu'il y aura des journaux réguliers avant mardi ou mercredi.
La conférence des mineurs
La conférence des mineurs s'est réunie ce matin et elle s'est séparée de nouveau jusqu'à jeudi prochain. Les délégués sont retournés dans leurs districts pour soumettre les propositions aux ouvriers. Pendant ce temps, les représentants de la Fédération des mineurs se mettront en rapport avec les représentants du gouvernement pour obtenir quelques éclaircissements sur plusieurs points très obscurs des propositions de Baldwin; ces propositions sont moindres que celles du memorandum Samuel que le Conseil général avait acceptées comme base favorable pour une reprise des négociations.
On annonce également que les propriétaires de mines ne se montrent pas disposés à les accepter purement et simplement. Nous voilà revenus à la situation d'avant la grève générale.
Au début de la semaine prochaine,
il est probable que le gouvernement supprimera l'état de siège qui persiste malgré la capitulation d'Ecleston Square. Cook déclare d'une manière définitive qu'à son avis la paix ne sera pas possible dans les mines si les ouvriers mineurs ne reçoivent pas de salaires décents.
Une imposture de J.-H. Thomas
On a lu hier les conditions scandaleuses auxquelles avaient souscrit les leaders de droite des Cheminots et, en particulier, J.-H. Thomas. Le caractère humiliant des exigences patronales n'a cependant point affligé J.-H. Thomas, le conseiller privé de Sa Majesté ose écrire: «En tenant compte des circonstances, l'accord d'aujourd'hui avec les compagnies de chemins de fer semble satisfaisant, mais c'est son esprit qui importe le plus.
"Les employés de chemins de fer ont encore des difficultés à surmonter et les directeurs de compagnies, de leur côté, tiendront leur rôle, j'en suis persuadé.
«Si mes paroles peuvent avoir quelque effet, je dirai aux autres patrons: « Suivez l'exemple des directeurs de compagnies de chemins fer et faites quelque chose de grand. Les ouvriers et employés seront les premiers à l'apprécier. »
Cette opinion n'est fort heureusement pas partagée par bon nombre de travailleurs du Rail. C'est ainsi que les employés de chemins de ier de Newcastle, Gateshead, Bristol, Hull ont rejeté les conditions patronales et décidé de continuer la grève.
LES DETTES
Demain à Londres M. Péret
reprendra les négociations
avec W. Churchill
M. Raoul Péret, ministre des finances, arrivera ce soir dimanche à Londres. Il est accompagné de MM. Barnaud et Aupelit, directeur du mouvement des fonds, et secrétaire général de la Banque de France; il reprendra avec M. Winston Churchill, chancelier de l'Echiquier, la négociation sur les dettes commencée au mois d'août dernier par M. Caillaux.
On avait déjà à diverses reprises annoncé ce voyage pour le 15 mai. Toutefois la date exacte de ce voyage dépendait en partie des entretiens préliminaires que les experts financiers français de Paris et de Londres avaient depuis plusieurs semaines avec les fonctionnaires de la Trésorerie. Elle était aussi subordonnée à la solution de la grève générale. L
es entretiens entre M. Churchill et M. Raoul Péret ne seront pas, autant qu'on le sache, de très longue durée, mais se prolongeront au moins lundi et mardi. En tout cas, le départ du ministre des finances français n'est pas prévu avant mercredi.
| retour 16 mai 1926 |







































































