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La Dépêche - 16 mai 1926


La Dépêche 1926 05 16  M. Désiré Ferry, député de Meurthe-et-Moselle, contre le général Sarrail

Contre le général Sarrail

Paris, 15 mai. - M. Désiré Ferry, député de Meurthe-et-Moselle, a envoyé la lettre suivante à M. Painlevé, ministre de la guerre :

Monsieur le ministre,
Vous venez de répondre, après trois mois de réflexion, à la Ligue des Droits de l'Homme, qui vous invitait à lui faire connaître les motifs pour lesquels vous avez rappelé de Syrie le général Sarrail. Le souci de la vérité m'oblige à relever les affirmations que vous apportez pour vous justifier devant votre parti et que vous savez contraires aux faits les plus certains:
1. Vous prétendez avoir, en toutes circonstances, à la tribune et devant les commissions des deux Chambres, défendu l'administration du général Sarrail Faut-il vous rappeler que c'est vous-même devant la commission des affaires étrangères de la Chambre, le 6 novembre 1925, qui avez jugé le général Sarrail avec la plus grande sévérité ? Vous avez notamment déclaré, à propos du guet-apens de Damas, que «le haut commissaire avait fait preuve d'une mauvaise foi qui n'est pas dans les habitudes de la France». Le compte rendu sténographique a enregistré vos paroles. Pourquoi nier aujourd'hui votre attitude d'alors par de longues explications confuses et embarrassées quand vous n'avez, d'autre part, ni devant le Sénat, ni devant la Chambre, pu contester l'exactitude des faits accablants que le général Bourgeois, M. Desjardins et moi-même avons exposés pendant ces débats.
Le ministre des affaires étrangères. au courant mieux que vous des fautes commises par le général Sarrail, n'a pas apporté le moindre démenti. Son silence était significatif.
2. Vous affirmez que le rappel du général Sarrail s'imposait pour des raisons d'ordre général et par la nécessité de nommer à sa place un haut commissaire civil. C'est le prétexte dont vous voulez vous couvrir pour échapper aux reproches de votre parti. La vérité, c'est que le général Sarrail par son administration brutale et passionnée, a déchaîné la guerre en Syrie. Les faits dont il est responsable sont maintenant historiques. Vous semblez vouloir les faire oublier.
Voici en quels termes sévères (et humiliants pour la France) s'exprime le rapport rédigé par la commission permanente des mandats au conseil de la Société des Nations. Ces faits ont cependant trouvé dans le rappel du général Sarrail leur sanction légitime, bien que peut-être trop longtemps différée, et la commission ne croit pas devoir y insister davantage. Vous vous flattez d'avoir retardé ce rappel. En le hâtant, vous eussiez évité à notre pays une guerre nouvelle, des désastres et des morts. Il y aura bientôt un an que ces faits ont eu lieu. Les responsabilités sont établies. Vous avez, depuis le mois de décembre dernier, les résultats de l'enquête confiée au général Duport. Le pays attend que vous preniez des sanctions
Veuillez agréer, monsieur le ministre, l'assurance de ma haute considération

Signé D. Ferry.

Cette lettre de M. Ferry indique purement et simplement la volonté de poursuivre contre le général Sarrail la campagne entreprise et à laquelle M. Painlevé a répondu à maintes reprises à la tribune de la Chambre et du Sénat. L'opinion ne sera pas dupe de cette nouvelle manœuvre.


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