| La Dépêche - 16 mai 1926 |
LES COULISSES POLITIQUES
COMME ON SE RETROUVE!
Organisateur et chef, presque dès le début de la guerre, de cette légion polonaise qui combattait dans les rangs des armées des empires centraux contre celles du pire ennemi de la Pologne, le tsar, mais, par choc en retour, combattait contre nous puisqu'il se trouvait que nous étions alliés au tsar; devenu suspect aux mêmes empires centraux quand la première révolution russe, celle de mars 1917, eut délivré la Russie de ses maîtres et fondé des rapports nouveaux entre la nouvelle République et la future Pologne en puissance de résurrection; arrêté et emprisonné en Autriche, Pildsudski s'évade peu avant l'armistice, organise aussitôt la cessation des hostilités, l'armée polonaise. Il n'avait été que colonel de la légion, il se voit bientôt porté au grade suprême de maréchal par l'enthousiasme populaire, préside la République polonaise, bref est l'idole!
La politique démocratique est mise en échec par de mauvaises élections. Pildsudski rentre dans la pénombre. Mais le gouvernement de coalition de M. Skrzinski l'en tire, le porte aux fonctions d'inspecteur général de l'armée. organise en son honneur une cérémonie grandiose.
Voici le maréchal de nouveau sur le pavois. Le cabinet réactionnaire Witos n'allait-il pas l'en précipiter? Voilà la cause efficiente des troubles de Varsovie, du coup d'Etat. Comment se fait-il que Pildsudski apparaisse et de nouveau porté au pouvoir par les éléments démocratiques et partie des éléments socialistes de son pays?
On lit dans le recueil d'« Histoires politiques » de M. Léon Treich cette anecdote piquante racontée par M. Briand lui-même :
Sous la présidence de M. Millerand, je fus, comme président du conseil, chargé de recevoir le président de la République de Pologne, le maréchal Pildsudski. Très dignes, nous nous saluâmes à la gare. Dans la voiture officielle, le maréchal ne me parla guère. Un moment, cependant, j'eus l'impression qu'il murmurait : « C'est bien toi ? » Dans un souffle, je répondis: «Oui».
Le soir, grand dîner à l'Elysée : toasts, allocutions. Les deux présidents se congratulent selon le protocole. Le maréchal s'approche de moi et me demande, en me montrant M. Millerand: « Dis donc, c'est bien le même ? Dans un souffle, je répondis : « Oui. »
Que voulez-vous, conclut M. Briand, nous nous connaissions: Pildsudski avait représenté la Pologne au congrès socialiste international d'Amsterdam en 1904; Millerand et moi, nous représentions la France.
Charmante, l'anecdote ! Mais inexacte en sa conclusion. On parla beaucoup de M. Millerand au fameux congrès d'Amsterdam; mais il n'y était pas. Si M. Briand y vint faire un tour, ce qui n'est pas sûr -- il ny parla point. De même pour Pildsudski. A part cela, le fond de l'histoire est la vérité même. Nous y ajouterons que Pildsudski milita dans le parti socialiste polonais jusqu'à la guerre au moins. A la façon dont se retrouvent les vétérans des grands congrès socialistes, on peut se demander quels sont ceux qui demeureront les plus grands dans la mémoire des hommes: ceux qui sont morts aujourd'hui ou ceux qui survivent.
LA FLECHE.
| retour 16 mai 1926 |







































































