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La Dépêche - 16 mai 1926


La Dépêche 1926 05 16  Après léchec des Trade Union

LA CRISE ANGLAISE
Après l'échec des Trade-Unions
De notre correspondant particulier.

Londres, 15 mai. Dès le troisième jour de la grève, nous marquions tout à la fois la volonté du gouvernement de s'assurer coûte que coute la victoire et les éléments de faiblesse en quelque sorte organique du mouvement des Trade-Unions: incertitude des masses ouvrières quant à la nécessité et à la légitimité de la lutte; impopularité de la grève dans le pays; défaut d'homogénéité dans l'état-major trade-unioniste.
Tous ces facteurs ont joué dans la défaite ouvrière, mais la façon précipitée dont le comité de grève l'a admise révèle une fois de plus l'importance capitale de l'élément moral. La retraite a été ordonnée parce que le front des ouvriers se disloquait, qu'il n'était plus possible de dissimuler l'élargissement des fissures et qu'à attendre deux ou trois jours, on risquait d'assister à une reddition généralisée ruinant à jamais l'autorité des chefs.
De cette désagrégation des forces trade-unionistes, on ne peut donner qu'une explication : entrés dans la grève par discipline et sans élan, les ouvriers ne pouvaient s'y maintenir que si leur apparaissaient d'évidentes chances de victoire. Mais, dès le second jour, le succès de surprise ayant été manqué, le gouvernement, soutenu par l'opinion publique, perfectionnait son organisation de défense et la développait avec une telle énergie qu'aux yeux de tous, sa victoire se faisait de jour en jour plus certaine.
Les ressorts moraux de la grève étaient déjà brisés. Son échec définitif se présentait comme une inéluctable fatalité. Il est aujourd'hui consacré par une capitulation sans conditions.
Le gouvernement et les organisations patronales auront-ils la sagesse de ne point abuser de leur victoire? Il semble qu'on puisse l'espérer, du moins en ce qui concerne le cabinet: « Ce n'est point, a dit M. Baldwin, le triomphe d'un parti sur un autre, mais le triomphe du bon sens dans l'ensemble de la nation. L'heure n'est point aux représailles, mais à la réconciliation. » Si c'est dans cet esprit que se liquide la grève, la leçon des choses que comporte, pour toutes les classes ouvrières, l'échec du mouvement, se doublera d'un grand et salutaire exemple pour les gouvernements et les patronats d'esprit réactionnaire.
Mais la grève générale n'était qu'un des aspects du conflit qui secoue actuellement l'Angleterre. Le problème minier reste intact. Par un étrange paradoxe, la grève entreprise pour lui donner une solution semble l'avoir compliqué. Par son acceptation du mémorandum Samuel, en dehors de l'approbation des mineurs, le conseil général des Trade-Unions a créé une situation dont les développements peuvent avoir une répercussion considérable sur l'avenir du mouvement ouvrier britannique. En refusant à son tour ce mémorandum, le comité exécutif de la Fédération des mineurs se livre à une manifestation aussi stérile en fait que dangereuse au point de vue syndicaliste. Il maintient son refus initial à la seule concession que lui demande, contre maints avantages, le rapport de la commission d'enquête : admettre le principe qu'une révision des salaires est indispensable pendant la période de réorganisation de l'industrie houillère. Mais quelle autorité aura-t-il pour défendre cette position maintenant que le conseil général des Trade-Unions l'a abandonné? Geste stérile... et dangereux aussi. Lâchage! Défection! Trahison! se sont exclamés, sous le coup du ressentiment, les délégués mineurs. Et leur indignation a trouvé un écho empressé dans tous les groupements d'extrémistes. C'est dans dans l'armée vaincue que maintenant la lutte fait rage. Phénomène normal, certes, et combien attristant!
Inutile, impopulaire et illégale, la grève générale ne pouvait pas et ne devait pas réussir, Conservateur, mais non réactionnaire, le gouvernement, respectueux de la légalité et gardien vigilant de la Constitution, fit appel au loyalisme civique de la nation. Le terrain était solide. L'expérience l'a prouvé. Et c'est une expérience que devraient méditer, dans tous les pays, ceux qui rêvent de dictature, rouge ou blanche.

J. M.

Où en est l'après-grève

Londres, 15 mai. - L'atmosphère de tension qui a prévalu à Londres. pendant plus d'une semaine est maintenant dissipée et la meilleure preuve du retour au temps normal est le départ de M Baldwin pour les Chéquers, où il se reposera pendant la fin de la semaine de la fatigue des jours derniers
A White Hall, aujourd'hui, on a procédé au licenciement de certains constables spéciaux, dont ceux de Downing Street. Le bureau de recrutement de la police auxiliaire, qui fonctionnait dans les mêmes parages, a été fermé et, pour la première fois depuis que la grève avait été déclenchée, les grilles de Downing Street donnant accès au parc ont été ouvertes.
Bien que la reprise du travail s'effectue d'une façon satisfaisante dans plusieurs services et industries, tramways, autobus, métropolitain, aussi bien dans la capitale qu'en province, des difficultés subsistent en ce qui concerne les chemins de fer. L'accord intervenu entre les Compagnies et le Syndicat central ne semble pas être accueilli favorablement par tous les hommes, Dans certains centres, tels que Derby, Full, Northampton, ils expriment leur mécontentement; à Sunderland et dans la région, ils n'ont pas encore pris de décision, mais, à Middlesborough et dans le district de Southshields, ils ne sont pas retournés au travail. La situation des typographes et des dockers n'est pas non plus définitivement réglée. Mais le problème vital restant en suspens est celui de l'industrie charbonnière. Comme on l'a déjà dit, auJourd'hui, les propriétaires des mines et les délégués des mineurs étudient actuellement les propositions présentées hier par M. Baldwin. On pense qu'aucune décision ne sera prise avant jeudi prochain, jour où la conférence des mineurs doit se réunir.

Mineurs et patrons délibèrent chacun de leur côté

Londres, 15 mai. La conférence des délégués des mineurs s'est ajournée à jeudi prochain. Aucune décision n'a encore été prise en ce qui concerne les propositions gouvernementales Il a été déclaré à l'issue de la conférence que les propositions contiennent de nombreux points demandant des éclaircissements que les représentants du gouvernement seront priés de vouloir fournir d'ici à jeudi. Le comité exécutif des mineurs se réunira mardi. Le comité central des propriétaires de charbonnages s'est réuni également aujourd'hui pour examiner les propositions gouvernementales. Il tiendra une nouvelle réunion lundi.


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