| Le Petit Journal illustré - 09 mai 1926 |
La mort du bandit corse
On verra, à la page suivante, ce que fut la vie étonnante de celui qu'on peut appeler justement le roi du maquis. Sa mort récente vient d'en être le complément tragique, mais qu'on pouvait prévoir.
Depuis quelque temps, Nonce Romanetti était l'objet de poursuites incessantes de la part de la gendarmerie et des nombreux ennemis qu'il s'était créés à la suite de ses interventions dans les luttes politiques, à Bocognano et à Alata. Le service de renseignements de la police savait que, depuis quelques jours, Romanetti vivait seul dans sa fameuse maison de Lava, construite sur un point escarpé et qu'il avait éloigné de lui ses gardes habituels, dont il se méfiait peut-être. On savait aussi que, tous les matins, il quittait sa demeure et qu'il allait se rendre compte de l'avancement des travaux de sa cave, où il devait loger la vendange d'un grand vignoble qu'il venait de créer. La gendarmerie, alertée par les indicateurs, avait établi plusieurs postes sur le chemin habituellement suivi par Romanetti. Le capitaine Rapidel, de la brigade d'Ajaccio, avait pris la direction des opérations. Un petit poste avait été confié au brigadier Monce, aidé des gendarmes Simo et Martin.
Vers 7 heures du matin, Romanetti cheminait tranquillement à cheval, précédé de son chien. Arrivé au col de Canale, la bête se mit à aboyer. Ce lieu, désert et escarpé, est situé sur la crête qui domine la baie de Lava, aux confins des villages d'Appietto et de Villanova.
Aux premiers aboiements de son compagnon, Romanetti se mit dans une attitude de défense. Les gendarmes, bien abrités derrière un énorme rocher, et cachés par des buissons, le sommerent de s'arrêter. Romanetti riposta par des coups de feu. Les gendarmes firent une décharge. Romanetti reçut une balle au ventre et deux balles au bras. Le cheval se cabra. Romanetti tomba et eut encore la force, renversé à terre, d'arroser le terrain avec les balles de son pistolet automatique. Mais les gendarmes, toujours à l'abri, l'achevèrent.
Romanetti était si populaire, à sa façon, il est vrai, que ses admirateurs ont refusé de croire qu'il était tombé sous les balles de la maréchaussée. Ils prétendirent tout de suite que le roi du maquis avait été victime, à son tour, d'une vendetta.
Page trois - Nonce Romanetti, bandit corse.
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