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L'Humanité - 09 mai 1926


v LHumanité 1926 05 09 Les enseignements de la grève par Maurice Thorez

La grève anglaise et son enseignement immédiat
par Maurice THOREZ

Voici huit jours déjà que sont aux prises en une lutte formidable les travailleurs anglais et leurs patrons. Pour défendre les salaires et les conditions de travail des mineurs, quatre millions de travailleurs ont affirmé leur solidarité et ont quitté le travail.
Dans le pays du trade-unionisme essentiellement conservateur, au légendaire légalisme, la grève générale bat son plein. Le puissant gouvernement conservateur du Royaume-Uni, disposant de ressources considérables, n'a pu encore briser la grève, et ne le pourra pas si le prolétariat international comprend que la lutte des ouvriers anglais est la sienne, que la victoire des mineurs anglais sera la victoire des ouvriers de tous les pays.
Cependant, ici même, dans le Paris de la Commune, dans le Paris. berceau du syndicalisme révolutionnaire, dans le Paris guide sûr du prolétariat français, la bourgeoisie internationale édite un journal fasciste de langue anglaise qui devient une arme efficace entre les mains du capitalisme britannique.
C'est là un scandale qui doit cesser sans délai. Il ne peut suffire de constater et de se lamenter. Les lamentations et les regrets n'ont jamais remplacé l'esprit de décision et la volonté de réalisation. Examinons donc rapidement la situation et essayons de tirer pour les jours qui suivent les conclusions pratiques.
A la lumière de la grève anglaise, la faiblesse du mouvement syndical nous apparaît douloureusement impressionnante.
Pour pallier dans la mesure. possible à cette faiblesse chronique encore aggravée par la scission, la C. G. T. U tente de constituer un Comité de Vigilance réunissant les organisations syndicales les plus actives et les plus susceptibles d'aider efficacement à la lutte de nos camarades anglais.
Les organisations confédérées se joindront au Comité de Vigilance dans la mesure où la pression des ouvriers qu'elles groupent et celle de l'ensemble des travailleurs s'exerceront plus intensément en faveur de la solidarité internationale.
Travailleurs de France, c'est vous qui devez parler et agir; c'est vous qui devez contraindre vos militants à l'organisation d'un Comité commun qui dirige et coordonne vos efforts parallèlement aux efforts de vos camarades anglais. Créé pour servir la cause du mouvement ouvrier anglais qui est la cause du prolétariat international, le Comité de Vigilance viendra l'instrument de l'unification syndicale nationale et internationale. Dans ce but, nous devons nous-mêmes doubler, tripler nos efforts dans le domaine syndical; la tâche est rude et délicate.
Douze millions de travailleurs restent en dehors de toute organisation; il faut toucher cette grande masse des travailleurs inorganisés.
Le million de travailleurs syndiqués est partagé dans des syndicats parfois rivaux, réservant leurs coups le plus durs pour l'organisation adverse, tandis qu'il faudrait les diriger contre le patronat. Trois millions de travailleurs de langue étrangère s'ajoutent aux ouvriers français, internationalisant notre prolétariat. Ces ouvriers étrangers dont le patronat voudrait se servir contre nous, seront, bien organisés, un renforcement sérieux de notre mouvement.
La classe ouvrière fait face par ailleurs à de nombreux dangers et doit lutter sur de nombreux fronts : guerre du Maroc, charges fiscales, vie chère, fascisme. Mais de quelque côté que nous nous tournions, il n'est possible de surmonter les difficultés, de vaincre nationalement et internationalement, que par un renforcement considérable de nos syndicats. Cette tâche ne peut pas être remise, elle est urgente; il faut en aborder la réalisation.
L'exemple de 4 millions d’ouvriers syndiqués quittant les usines et les chantiers pour répondre à la décision. de leurs organisations indique quel doit être le but de notre activité. Plus que jamais, notre mot d’ordre doit être : «Ouvriers, syndiquez-vous!»

Ce mot d'ordre est le mot de notre Parti, il exige que chacun de nos adhérents se donne, dans une grande mesure, au travail syndical et fasse de notre Parti l'avant-garde décidée et résolue d'un mouvement syndical puissant par son nombre et rar sa volonté de vaincre.

Maurice THOREZ.


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