| Paris-Soir - 09 mai 1926 |
Araignées du soir
En guise de consolation
Le bon temps ayant toujours été le temps passé, il n'est pas déraisonnable d'imaginer que notre malheureuse époque passera pour une époque fortunée aux yeux de nos successeurs, et même à nos propres yeux, un peu obscurcis par l'âge,
Au mois de mai 1966, des vieillards se rappelleront avec attendrissement ce magnifique printemps 1926 où il ne pleuvait guère que quatre jours sur cinq.
Ah! jeunes gens diront-ils à leurs petits-fils, si l'on n'a pas connu les années qui suivirent la grande guerre, on ignore la douceur de vivre !... En ce temps-là, voyez-vous, le fascisme et le soviétisme n'avaient pas achevé la conquête du monde. Entre ces deux extrêmes politiques, qui ont fini par se rejoindre, il y avait encore place pour un régime, indulgent et modéré. La Liberté, cette vieille idole des anciennes démocraties, n'avait pas encore été renversée de son piédestal pour faire place à la Trique géante, symbole du nouveau culte social. Des parlementaires sceptiques, rendus circonspects par la crainte de l'électeur, assuraient la fabrication de lois parfois absurdes, mais généralement inoffensives. Les ministres, placés sous le contrôle implacable de l'opposition, dirigeaient l'Etat avec prudence: on ne se sentait pas gouverné !...
En ce temps-là, les riches étrangers que n'avait pas encore découragés une xénophobie imbécile accouraient chez nous de toutes parts. La France était un grand hôtel, un grand magasin, elle est devenue une sombre usine. En ce temps-là, les travailleurs ne travaillaient que huit heures par jour, mais il y avait du travail pour tout le monde. En ce temps-là, l'ouvrier mangeait du gigot et l'ouvrière portait des bas de soie. En ce temps-là... »
Voilà, sans doute, ce que les vieillards de 1966 diront à leurs petits-fils et les petits-fils penseront, naturellement, que c'est la barbe !…
Bernard GERVAISE.
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