| Excelsior - 09 mai 1926 |
Après le salon de Mme Aubernon, chez qui Paul Deschanel jouait la comedie, de façon remarquable d'ailleurs, le salon de Mme Arman de Caillavet, avenue Hoche, fut un des plus célèbres des années qui précédèrent la guerre. Toute la littérature académique passait là, et Anatole France était le dieu de ce cénacle. Un livre curieux, qui vient de paraître chez Hachette, fait défiler devant le public les hôtes de ce salon le commandant Rivière, mort au Tonkin; Jules Lemaître, Charles Maurras, Pierre Loti, Marcel Proust et quelques autres..
Comme côté intéressant, nous apprenons, par la reproduction d'une lettre inédite de M. Charles Maurras, qu'Anatole France, qui signait Gérôme ses chroniques de l'Univers, n'en était pas l'auteur; c'était Mme Arman de Caillavet qui les faisait presque toujours. C'étaient des «erzats » d'Anatole France.
«Non seulement, écrit M. Charles Maurras, Anatole France ne s'en est jamais caché, mais il en parlait au premier venu. Je ne vois pas pourquoi je refuserais mon témoignage à la divulgation de ce secret de Polichinelle. L'étroite, l'incessante collaboration de Mme A. de Caillavet et d'Anatole France s'est appliquée à bien d'autres sujets, et pour des ouvrages autrement importants.»
Mais voilà, on croyait que ces chroniques étaient du France authentique, et on s'extasiait. Cette admiration préconçue se manifesta un jour d'amusante façon.
C'était pendant qu'Anatole Francé était en Argentine à faire des conférences. Mme de Caillavet reçut de Buenos-Aires une lettre qu'elle lut aux habitués de son salon.
«Nous avons fait hier notre première conférence... Succès épatant!...» Un ami empressé s'extasia: Quelle charmante lettre! Ah! ce France!
Mais, répondit Mme de Caillavet, cette lettre n'est pas de lui, elle est de François, le valet de chambre qui l'accompagne.
JEAN-BERNARD.
| retour 09 mai 1926 |







































































