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L'Œuvre - 18 avril 1926


LOeuvre 1926 04 18 Une usine de métallisation intoxique une partie du XIIIème arrondissement

LES ODEURS DE PARIS
Une usine de métallisation intoxique une partie du XIIIe arrondissement

L'agglomération de Vitry-sur-Seine n'est pas la seule qui soit dangereusement incommodée par les fumées et les gaz toxiques. Dans Paris, il est des quartiers que des usines rendent inhabitables; la crise des logements retient là les occupants qui ne peuvent quitter ces lieux infortunés.
Les appartements des immeubles portant les numéros 24 et 26 de la rue Clisson, qui prennent sur la cour l'air et la lumière, ont à leur pied une usine de métallisation. Installée depuis 1919, cette usine projette par toutes ses ouvertures non seulement du sable, mais aussi des fumées lourdes d'acide. Elles couvrent les toitures d'une matière dure, pénètrent dans les appartements dont les fenêtres doivent être fermées continuellement, et intoxiquent lentement ceux qui les respirent.
Les ouvriers de cette entreprise, dont un certain nombre travaillent avec un masque, sont obligés d'absorber du lait chaque jour pour atténuer les effets nocifs des matières qu'ils manipulent. Ce qui démontre suffisamment les dangers auxquels ils sont exposés.
Et les voisins?
Qu'a-t-on fait pour eux ? Rien... On leur a donné quelques promesses.
C'est tout.
Ils ont écrit au préfet de police qui après une enquête trop rapide a répondu que leur plainte était fondée et qu'on allait veiller à l'amélioration de l'installation de l'usine. Ils ont protesté auprès du propriétaire, qui, malgré sa bonne volonté, ne peut amener les directeurs de la «Société de Métallisation» à entreprendre les travaux qu'ils savent indispensables. On dit même que ces directeurs se sentant forts et protégés -par qui ?- laissent sans s'émouvoir les plaintes s'accumuler et le dossier grossir.

- Nous ne savons que faire, nous a dit une locataire. Nos enfants sont malades. Le docteur a reconnu que les fumées sortant de l'usine de métallisation sont la cause des migraines et des maux qui les dépriment. D'ailleurs, regardez les plantes. Elles s'étiolent.
Dans une cour voisine, un marronnier, jadis vigoureux, se meurt lentement. Chaque année, ses feuilles sont moins nombreuses; il est destiné à périr.
- Nous avons refusé l'augmentation que voulait nous imposer le propriétaire, ajouta-t-elle. Il nous dit de prouver l'insalubrité de nos logements.
Ne l'est-elle pas, puisqu'un inspecteur de l'hygiène et la Préfecture de police ont reconnu le bien-fondé de nos plaintes ? Si nous pouvions partir, mais c'est impossible, puisque les logements sont introuvables...
Les services de l'hygiène ne peuvent se désintéresser de la situation pénible des locataires de la rue Clisson et de la rue Dunois. Ils doivent intervenir énergiquement auprès des directeurs de la Société de Métallisation, afin qu'ils installent les dispositifs nécessaires à la captation et à la réduction des fumées et des gaz indésirables qu'ils laissent s'échapper.
Que les locataires s'en aillent ! concluent-ils.
Nous leur retournons cette réponse en souhaitant que l'«appui» dont ils croient bénéficier s'effondre.
Des enfants souffrent.
Il faut assainir Paris si l'on veut que Paris respire et vive.

AUGUSTE NARDY.


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