Nouvelles des ports

aquarelle marine - marine watercolor

Rafiots et compagnies

aquarelle marine cargo au mouillage - marine watercolor cargo ship at anchor

Nouvelles des escales

aquarelle marine - marine watercolor


L'Œuvre - 18 avril 1926


L'Oeuvre 1926 04 18 04 Une école d'enfants arriérés

UNE ÉCOLE
d'enfants arriérés

Une illusion généreuse a fait croire aux premiers apôtres de l'école populaire qu'il suffirait d'instruire les jeunes générations pour diminuer la criminalité et qu'ouvrir une école c'était fermer une prison. Mais peut-être ne se trompaient-ils que pour avoir mal posé la question; la vérité, c'est que l'enseignement conçu pour les enfants normaux n'agit pas sur ceux qu'une tare physiologique, héréditaire ou acquise, a déformés intellectuellement et moralement ; que ceux-là ont besoin de soins particuliers, faute de quoi ils restent, à l'école, de mauvais élèves, des sujets difficiles, dans la famille des enfants vicieux, empirés souvent par les mauvais traitements et les coups.
Pour tarir le recrutement des prisons juvéniles, et des autres par la suite, ce sont des écoles d'un genre spécial qu'il faut ouvrir. Il y en a déjà quelques-unes en France. La plus belle, vraiment, et celle qui promet les plus larges résultats, c'est celle que Mme Ferdinand Herold vient d'ouvrir à Limours, dans le beau domaine Clamageran.
On sait quelle œuvre admirable Mme Herold a réalisée à Arnouville, où sont soignés et rééduqués les blessés nerveux de la guerre. Il était naturel que de ces victimes de tares accidentelles la sollicitude. éclairée de, Mme Herold et de ses collaborateurs vint aux petites victimes de tares congénitales, aussi innocentes, et beaucoup plus intéressantes encore, parce que beaucoup plus largement récupérables.
La maison de Limours n'est pas, en effet, un asile pour déchets humains incurables. Elle s'intitule «Institut médico-pédagogique pour enfants retardés ou arriérés»; son médecin-chef, le Dr Vallon,s'il surveille avec un soin attentif la santé générale des enfants, si étroitement liée à leur santé intellectuelle, est surtout un admirable éveilleur de cerveaux, et l'instituteur qui le seconde obtient des résultats pédagogiques qui paraissent plutôt une création qu'une instruction.
Il ne s'agit pas, naturellement, d'idiots ou de crétins congénitaux, mais d'enfants qu'une tare grave, nerveuse, la plupart du temps, rend réfractaires aux méthodes habituelles, scolaires ou familiales, d'éducation. Quelques-uns, pris très tard, vers douze ou treize ans, paraissent être là comme témoins de ce que seraient devenus les autres faute des soins qu'ils vont trouver à Limours.
Pourtant ceux-là aussi aussi s'améliorent. L'attitude, le langage se coordonnent; des essais d'écriture, de dessin prennent forme; le travail manuel devient possible; le pauvre déshérité cesse d'apparaître à lui-même et aux autres comme un rebut: il évolue vers l'humanité; on en fera un être à peu près capable d'une vie normale, délivré autant que possible des influences qui l'auraient jeté à la maladie ou au délit, à l'hôpital ou à la prison.
Mais, pour les plus petits, la transformation est plus surprenante: gamins de cinq à dix ans, venus des taudis du faubourg, des baraques misérables de la zone; presque tous, chez eux, étaient maltraités, sous-alimentés et abondamment battus, de sorte que leur tare congénitale s'aggravait chaque jour; d'autres ou les mêmes étaient déjà des alcooliques d'habitude; l'école n'en pouvait rien faire, les notant comme inattentifs, paresseux, indociles. Au total, misère physiologique, misère intellectuelle et morale. Beaucoup d'ailleurs ont des tares apparentes: asymétrie de la face, becs de lièvre, scrofule déformante des membres, bégaiement, strabisme, etc. Le calme admirable de Limours opère d'abord; puis la bienveillance et la douceur dont ils sont entourés, les bons traitements dont ils sont en toute circonstance assurés. Dans l'état actuel des choses, assure Mme Herold, et avec le nombre actuel des pensionnaires, une cinquantaine, la question de la discipline ne se pose pas: aucun moyen de coercition violente n'est employé; la réprimande, des privations légères, celle du travail manuel notamment, leur sont sensibles. Mais surtout le contraste entre la vie antérieure et celle qu'ils ont trouvée là, le sentiment de liberté qui leur est laissé, l'absence presque totale de contrainte apparente les calment et les apaisent. Plusieurs de ces enfants ont été, dans leur famille, des fugueurs récidivistes. Rien ne les retient ici, où les portes s'ouvrent toutes grandes vers le vaste plateau agricole ou sur la vallée verdoyante. Pourtant ils restent.
Nos méthodes ? déclare Mme Herold, nous n'en avons pas de préconçues; nous les créons à mesure, à force d'attention constante et de soins ingénieux. Nous avons ouvert l'école avec un petit nombre d'enfants; nous l'augmentons à mesure que nos constructions nouvelles s'achèvent, et en même temps nous perfectionnons nos méthodes de triage au dispensaire de Saint- Ouen.
« uand nous aurons nos nouveaux dortoirs, nos grands ateliers, nos serres, nos préaux, nous aurons aussi les enseignements de notre expérience, nous en ferons profiter d'autres écoles pareilles à celles-ci, qui s'ouvriront partout, je l'espère bien. Il y a trop à faire pour que notre exemple ne soit pas suivi.»

STEPHEN VALOT.

Marguerite Rigaud-Herold (1879-1963)      Aux archives de la Légion d'honneur       Le chateau d'Arnouville     

André Jules Ferdinand Herold       André-Ferdinand Herold         la maison Herold     

Décret du 5 octobre 2000 approuvant la dissolution d'une association et abrogeant le décret portant reconnaissance comme établissement d'utilité publique de cette association.


retour 18 avril 1926