| L'Humanité - 18 avril 1926 |
UN VILLAGE HINDOU AU JARDIN D'ACCLIMATATION...
... Ou un nouveau mode d'exploitation des travailleurs coloniaux
Le Jardin d'Acclimatation, après entente commerciale avec un manager anglais exhibe actuellement 150 Indiens dans un cadre surnommé le Village Hindou, que nous nous sommes offert le luxe de visiter; car c'est vraiment un plaisir de riche.
Ovez plutôt :
Transfert par le minuscule tramway qui fait la navette de la porte Maillot au Jardin d'Acclimation, coût, 4 francs. Entrée au Village Hindou, 3 francs. Entrée dans le cercle réservé au spectacle, 3 francs. Plus les à-côté et les frais de transport jusqu'à la porte Maillot, c'est un après-midi de 15 francs au minimum pour une heure de spectacle. Un peu cher pour les prolétaires...
Ce Village Hindou, présenté dans le cadre des précédents villages nègres, arabes ou autres, ne donne guère de couleur nouvelle dans l'ensemble. Ce sont les mêmes musiques insipides, les mêmes pagnes, confectionnés avec des mètres de percale rouge, jaune ou chamarrée, les mêmes anneaux dans le nez ou dans les oreillès; les peaux sont bronzées au lieu d'être noires, c'est la seule différence qui s'offre à la vue.
Des box autour du village, où des Indiens se tiennent accroupis, se livrant à des, travaux divers: tissage de tapis, graveurs sur cuivre, sur bois, tous à moitié nus. exécutent de petits objets qui sont vendus un prix fort à la porte de sortie, mais pas à leur profit.
Un spectacle qui dure une heure environ, vaut seul la peine d'être mentionné. Parmi la trentaine d'Hindous qui offrent un numéro différent, il y a des perchistes, des équilibristes, qui ne seraient pas déplacés dans le meilleur de nos cirques. La séance se termine par un défilé général, où figurent 10 éléphants, 20 zèbres et toute la troupe, délirante de cris et de gestes désordonnés.
Dans quelles conditions sont traités ces Hindous? Il est difficile de savoir la vérité. Leur manager nous assure moitié en français, moitié en anglais, qu'il a engagé ses artistes dans différentes parties des Indes anglaises... qu'il a signé avec chacun d'eux un traité leur assurant le gite, la nourriture et un salaire appréciable... Il se borne à des renseignements vagues, que notre insistance ne peut lui faire préciser... Découragé, nous essayons d'interroger un Indien. Tâche difficile. Aucun ne parle le français, ou si peu. Cependant, nous pouvons. établir qu'ils sont en effet défrayés, mais peu rémunérés, qu'ils ont froid, qu'on ne les laisse pas sortir, qu'ils regrettent leur séjour en France, malgré les oripeaux bariolés dont on les affuble. Nous avons parfaitement compris, que cela les a amusés plusieurs jours, mais qu'ils sont las du spectacle qu'ils donnent et de celui dont ils sont spectateurs. Une foule venant les contempler comme des bêtes curieuses, mais qui pressurée par les droits de toutes sortes, ne met guère la main au gousset, afin d'emplir, ne fusse que sous leurs sébilles, seuls bénéfices dont ils sont certains en cette affaire. -
M.
| retour 18 avril 1926 |







































































