| Journal des débats - 18 avril 1926 |
LES POURPARLERS D'OUDJDA
Arrivée des délégations
Le commandant Duclos, troisième délégué français, est arrivé hier à Oudjda. M. Ponsot est attendu aujourd'hui, avec la délégation espagnole, venant de Madrid par Malaga et Melilla.
Il est probable que les représentants des Riffains se rendront à Oudjda dimanche. Les pourparlers officiels commenceraient lundi, au consulat de France.
Le général Mougin rencontre Azerkane
Le général Mougin a commencé les pourparlers préliminaires avec Si Mohammed Azerkane et le caïd Haddou.
Suivant les premières impressions qu'aura recueillies le général Mougin sur les intentions d'Abd el Krim, le général Simon se rendra s'il y a lieu aujourd'hui aux environs de Taourirt, pour entrer à son tour en conversation avec les délégués riffains.
L'envoyé spécial de l'agence Havas télégraphie d'Oudjda, le 16 avril :
Si la conférence ne doit toujours s'ouvrir officiellement que lundi, déjà des pourparlers préparatoires se sont engagés avec Abd el Krim, loin d'Oudjda, et loin surtout des indiscrétions de presse. L'accès dans la zone des opérations est bien défendu, et toutes les curiosités intempestives ont été savamment déjouées. On ignore donc à quel résultat ont abouti ces conversations officieuses.
Abd el Krim, en bon Oriental, veut avant tout sauver la face; or, les dernières conditions que les autorités franco-espagnoles ont posées pour engager la conversation avec les dissidents sont de nature à atteindre le prestige du chef riffain, du moins en a-t-il la crainte.
C'est ainsi qu'il lui répugne vivement de laisser représenter aux négociations d'autres tribus que les Beni-Ouriaghel et les Boukouya, dont les délégués sont: l'un Azerkane, son propre beau-frère, et l'autre Haddou, son plus fidèle lieutenant.
Bien davantage encore, Abd el Krim redoute d'être obligé de laisser occuper par des forces espagnoles des positions stratégiques qu'elles n'avaient jamais tenues antérieurement aux hostilités. Il paraît cependant improbable que le chef riffain refuse la conversation pour de telles raisons. Il est plus vraisemblable qu'il finira par envoyer à Oudjda des représentants qualifiés pour discuter sur la base de nos conditions, en se réservant à part soi de les faire revenir au cours de la discussion sur les points litigieux, de manière à en réduire le plus possible la rigueur. A Oudjda, l'on commence les préparatifs ma- tériels en vue de la conférence. Le consul général de France, M. de Vitasse, a fait aménager pour les pourparlers la plus grande salle de son bel immeuble de style mauresque. Le commandant-interprète Margot est depuis ce matin a Oudjda, où il aura à remplir la délicate mission de traducteur à la conférence. Le contrôleur civil Ambrosini assurera la liaison avec la délégation riffaine hors des séances, ainsi que l'exécution des mesures d'ordre que le séjour des Riffains pourra rendre nécessaires.
Nouvelles de source anglaise
Une dépêche de Tanger au Daily Express dit que les rekkas arrivés à Tanger le 15 avril déclarent que, après dix journées de discussions entre les Français et les émissaires d'Abd el Krim, on est tombé d'accord sur les conditions de paix entre la France et le Riff. Ces conditions seraient extrêmement généreuses pour Abd el Krim.
Les Riffains sont tellement convaincus que la paix est assurée sur la frontière du Sud qu'ils se soucient fort peu de ce que les négociateurs espagnols pourront penser des conditions de paix entre Abd el Krim et les Français.
La dépêche ajoute que les indigènes qui préparaient une attaque sur le front français rentrent chez eux, tandis que, sur le front espagnol, il y a toujours des hostilités.
D'autre part, les soldats et les civils de Tétouan disent que les négociations de paix cont prématurées.
| retour 18 avril 1926 |







































































