| Le Funi - 18 avril 1926 |
A propos des Contributions Volontaires
Un lecteur du Funi nous a suggéré l'idée de prendre fait et cause pour un grand mouvement bellevillois en faveur des contributions volontaires.
L'idée est louable. Mais pour sa réalisation par l'intermédiaire de ce journal, j'ai entièrement décliné l'offre. Il y a une raison principale: c'est que nous avons toujours répété que nous ne recevions aucune subvention. La subvention entraîne nécessairement un fil à la patte. Or, à aucun prix, nous ne voulons l'avoir. Et si nous avions fait ladite campagne, tous nos lecteurs n'auraient pas manqué de dire: «en voilà encore un qui est acheté». Car hélas, il faut le dire. Il existe un fond secret pour les journaux. Ce fond secret n'est pas fait pour les chiens et notre ami Maurice Michel nous en a entretenu dans le dernier numéro du Funi.
Nous voulons donc que nos lecteurs aient toujours l'impression que leur populaire journal est libre, entièrement libre, que nulle attache ne vienne peser dans la force de ses idées ou de ses convictions, lesquelles sont toujours celles des honnêtes gens.
D'autre part, s'il est parfaitement exact que les contributions volontaires peuvent atténuer la crise où notre franc se débat, je trouve le procédé trop doux.
C'est comme si, en temps de guerre, on ne faisait appel qu'aux engagements volontaires.
Pendant la dernière, et on s'en rappelle en dépit de quelques-uns qui voudraient l'oublier, la France a été chercher les hommes sains et robustes là où ils se trouvaient. On leur a demandé le meilleur d'eux-mêmes. On les a arrachés à la douceur du foyer. Mais ils ont gagné la guerre.
Aujourd'hui, il y a encore une victoire à gagner, celle du franc. Alors, n'attendons pas les engagements volontaires. Allons chercher les gros picaillons là où ils se trouvent. C'est à leur tour maintenant de sauver la France.
Holà! les généralissimes de la finance! Revêtez vos uniformes. Holà tous les gradés de la fortune, en avant, sabre au clair! La France a besoin de vous. Pas d'embusqués. Tous aux guichets de la Banque de France, votre carnet de chèques en mains.
On ne vous demande pas ce que vous avez de plus cher, votre famille, votre bien-être, votre santé. Non. Tout ça c'est trop pour vous. On vous demande pour sauver la France, quelques méchants bouts de papier. Si vous ne les donnez pas le gendarme ira vous chercher au collet, et, comme sur le front, on vous fusillera «pour l'exemple». Voilà comment je comprends la façon de relever le franc, et ce que je pense des contributions volontaires.
André CHATELAIN.
| retour 18 avril 1926 |







































































