| L'Humanité - 11 avril 1926 |
En Extrême-Orient
LA SITUATION ÉCONOMIQUE DE LA CHINE ET LA CONFERENCE DOUANIÈRE
En pleine révolution et en pleine guerre civile, les représentants des neuf puissances se réunirent, à la fin d'octobre 1925, pour engager, en conformité avec l'accord de Washington (trois ans et demi après sa conclusion), des pourparlers avec la Chine au sujet de l'augmentation des tarifs douaniers, Le taux des tarifs douaniers que la Chine peut appliquer est déterminé par les puissances européenues. Les recettes douanières sont gérées par l'administration étrangère des douanes maritimes et assurent avant tout le service des interèts des emprunts étrangers. Seul le restant en est réservé au gouvernement de Pékin. Les recettes douanières constituent les 35 % des revenus du budget chinois.
La Conférence douanière a commencé le 25 octobre, mais, à cause de la guerre civile, elle n'a guère. avancé d'un pas jusqu'à présent. Voici les faits d'importance:
Wang, ministre des affaires étrangères du gouvernement central nominal, posa les revendications suivantes :
1° Autonomie douanière complète :
2° Suppression du « Likin à partir du 1er janvier 1929, simultanément avec l'entree en application. du tarif douanier chinois autonome:
3° Jusque-là: augmentation de 5% sur les marchandises ordinaires, de 30 sur les tabacs et les alcools, 20 % sur les articles de luxe, en sus des 5, existants.
Les puissances n'ont pas su se ranger à un point de vue unique. Leurs intérêts sont contradictoires. La plus prévenante d'entre elles est l’Amérique, qui, n'ayant pas des parties de la Chine sous son occupation, est partisan du principe de la porte ouverte » et des « conditions égales pour tous ». C'est à cette position que se rattache la revendication présentée par le délégué américain Mac Murray à la Conférence douanière : « Les tarifs douaniers maritimes, atteignant actuellement les deux tiers des tarifs douaniers terrestres, doivent égaler ces derniers. » Ceci est dirigé avant tout contre l'Union soviétique, mais également contre la France dans le Sud.
L'occupation de Pékin par les troupes de Feng a interrompu « les travaux de la Conférence » de fait, sinon en droit,
Le mouvement révolutionnaire porte avant tout préjudice à l'impérialisme anglais. Le commerce de Honkong, ce foyer de la puissance britannique en Chine méridionale, est en régression rapide. Voici ses chiffres pour le trimestre se terminant fin septembre:
En milliers de livres st.
- Importations.
1923 : 15.114
1924 : 20.094
1925 : 11,123
- Exportations.
1923 : 15.850
1924 : 16.212
1925 : 7.574
En chiffres ronds, le commerce est tombé de moitié. Nous avons déjà mentionné, dans le chapitre relatif à l'Angleterre, que l'exportation mensuelle des colonnades en Chine était tombée de 27 millions de yards au, début de l'année à 8.2 millions août-septembre.
Le commerce anglais avec la Chine méridionale en est arrivé à n'être plus qu'un commerce clandestin.
«Les Japonais qui, primitivement, étaient également sous le coup de l'interdiction d'importer, édictée par le gouvernement de Canton, avaient su s'en dégager par de larges subventions versées au fonds de grève.... Maintenant, ce sont eux qui contrôlent principalement le commerce entre Canton et le reste du monde... Les produits textiles de Manchester réussissent en quantités limitées à s'introduire à l'intérieur du pays, mais tout indice de leur provenance anglaise doit être supprimé préalablement... Nous nous trouvons (à Hongkong) dans une situation désespérée, notre patience est près d'être à bout, et aucune issue n'est à entrevoir.» (Economist, du 11 décembre 1925.)
«Le prestige britannique et le commerce anglais dans la Chine meridionale, écrit le Morning Post, sont complètement perdus. Les affaires à Hongkong sont en slagnation complète. Les navires anglais ne peuvent plus décharger à Canton, ni à Swalow... Aujourd'hui, la condition préalable pour faire des affaires dans la Chine Méridionale est qu'aucun commerçant ne soit Anglais. Peut-il être humiliation plus profonde ? La diplomatie anglaise à complètement raté... L'Union Jack (le pavillon anglais) a perdu son emprise sur les Chinois.»
La fureur de ce journal est encore plus grande, en présence du fait qu'à Swalow des navires anglais avaient débarqué leur chargement sous pavillon étranger! Faillite complète du prestige britannique!
E. VARGA.
| retour 11 avril 1926 |







































































