| Le Funi - 28 mars 1926 |
Le bourrage de crânes hebdomadaire
Philosophiquement
Signaler les bourrages de crânes quotidiens de notre grande presse, dite d'informations, deviendrait, à la longue, fastidieux, et Le Funi ne les contiendrait pas. Il est pourtant difficile de résister...
Aussi, après avoir constaté avec quelle flagornerie Le Journal battait de la grosse caisse avec les moindres faits et gestes des «stars» internationales, plus ou moins titrées, n'éprouve-t-on pas une légère indignation en relevant la désinvolture avec laquelle ce même Journal parle de la douleur des femmes de nos faubourgs, lorsqu'il y est obligé. Tout le monde a lu le pénible fait divers qui relatait l'expulsion à l'aide de gaz, de deux malheureuses femmes, dont l'une est, depuis, très souffrante. A lire la Presse du soir, il s'agissait d'un véritable fort, genre Bonnot, à assiéger. La Presse du matin ne faisait plus qu'un petit écho, amusant et badin...
Ecoutez: Le Journal:
«Pleurantes toutes deux et aveuglées, les deux dames capitulèrent aussitôt. Au commissariat, on leur expliqua aimablement ce qu'on attendait d'elles, et on les renvoya vers midi, pour déjeuner, sans autre incident.»
Un peu plus tard, les deux femmes ont pris, le plus philosophiquement du monde, le chemin du refuge du boulevard Jourdan.
Le plus philosophiquement du monde! avec l'angoisse d'un lendemain sans gîte, et la mère malade!
Il paraît, toutefois, que ces deux malheureuses ont, depuis, trouvé un logement, avec une grande facilité !....
Hem! hem !... Mais encore... Est-ce pour la Presse que La Fontaine, prévoyant, écrivait déjà: Selon que vous serez puissants ou misérables...
Pour la suite de cette lamentable histoire, disons de suite que les deux femmes en question ont trouvé effectivement un logement, lequel a été pris d'assaut et enlevé sans coup férir... et sans l'aide de gaz, par le sympathique secrétaire du Syndicat des locataires. M. Cochon.
Si cette histoire vous amuse...
Les journaux: 1899.
«Le Préfet de la Seine a rassuré le Conseil municipal au sujet de la pénurie d'eau «pendant la saison d'été». A partir de l'année prochaine, en raison de l'Exposition «Universelle, Paris sera parfaitement alimenté».
Les journaux: 1920.
«Par suite des grandes chaleurs, l'eau ayant manqué, M. le Préfet de la Seine a fait savoir au Conseil Municipal qu'a partir de 1921 ces faits ne se renouvelleront plus.»
Les journaux : 1924.
«Les Bellevillois boivent de l'eau phéniquée».
Les journauх: novembre 1924.
Sur une question de M. Georges Lemarchand, relative à l'état des travaux d'adduction d'eau potable à Paris, «le Préfet de la Seine a déclaré que.. les eaux des bassins de la Voulzie et du Dragon ne donneront leur plein rendement qu'en 1925, commencement 1926».
Les journaux: 23 mars 1926.
M. Fernand Laurent ayant signalé que certains immeubles du quartier d'Auteuil, étaient déjà privés d'eau à certaines heures... et que la disette menacerait les quartiers périphériques de Paris. M. le «Prefet de la Seine a apporté tous apaisements et déclaré qu'à partir du...
Le superimpôt sur la maladie
A l'heure où paraîtront ces lignes, il sera probablement voté.
Les spécialités pharmaceutiques (certaines, du moins) sont cependant d'une nécessité absolue pour bien des gens; les mères qui trouvent dans certains produits phosphatés ou lactés, le remplacement d'un lait naturel qui fait défaut; les valétudinaires, les faibles, les malades de toutes sortes, qui ne se raccrochent à la vie ou ne la reconquièrent que grâce à ces spécialités (les moins réclamières sont souvent les meilleures), devront ajouter une nouvelle dîme à celle qu'ils acquittaient déjà.
Aussi, un de mes amis m'écrit : «L'Azhemapectine G..., que tu m'avais indiqué, m'a déjà deux fois sauvé d'une hémorragie, probablement fatale, mais c'est bien cher pour ma bourse. car je ne peux plus travailler... Comment ferai-je désormais, pour m'en procurer?»
On avait dit : « Le Boche paierait ». Bourrage! On a changé la formule: Le luxe paierait. Rebourrage! Les loustics disent maintenant : C'est Raoul qui ? Perret; oui, mais avec quel argent?
S.T.C.R.P. le RRRèglllement !
Le jeune et imberbe receveur du F. B. qui prétendait faire descendre deux honorables voyageurs, jeudi 18 mars, à midi 40, parce qu'ils étaient montés dans l'autobus, en arrêt Place de la République, sous le prétexte qu'un autobus précédant et complet n'avait pas encore démarré, avait tort.
Un règlement s'applique, dans son esprit et non à la lettre.
Le contrôleur, témoin plus intelligent, qui, d'ailleurs, en enlevant la chaîne, avait permis l'accès de la voiture, avait fort bien compris que ces deux personnes, descendues du premier autobus parce qu'en surcharge, devaient par conséquent prendre le suivant, ce qui, d'ailleurs, ne gênait personne. Mais il y a le Règlement!... Ah! ne nous le jetez pas toujours à la figure, Messieurs, car si les voyageurs se mettaient à leur tour à en réclamer toujours l'application, hé! hé! les cochons de payants auraient fort à faire. Nous y reviendrons.
Maurice MICHEL.
| retour 28 mars 1926 |







































































