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Paris-Soir - 28 mars 1926


Paris soir 1926 03 28 La machine parlementaire tourne à vide et ne broie que du vent

LA POLITIQUE
La machine à moudre du vent

Hier la chute du Cabinet semblait certaine. Aujourd'hui sa situation pa-raît rétablie. Demain... mais qui peut prévoir ce qui se passera demain ? Le déséquilibre du régime s'accuse précisément à ces brusques variations de la température parlementaire, à ces vagues d'optimisme et de pessimisme, à ces tentatives d'accord toujours avortées et sans cesse renaissantes, à ces votes de commission que démentent les votes en séance publique. La Commission des finances, à la majorité, prend des décisions. Rien ne prouve qu'elle sera suivie par la Chambre. Les délégués des groupes, on l'a vu en diverses circonstances, n'engagent qu'eux-mêmes. Au surplus, qu'ils soient de droite ou de gauche, ils passent tour à tour, dans la même séance, de la majorité dans l'opposition, et inversement. Ils adoptent telle disposition particulière, ils repoussent telle ou telle autre. De sorte qu'après avoir voté le détail d'un projet, ils sont tout à fait capables d'en rejeter l'ensemble.
La machine parlementaire tourne à vide et ne broie que du vent.
Il en sera ainsi tant qu'on n'en finira pas avec un régime électoral qui, sous prétexte de donner à chaque parti sa part exacte de représentation ne permet à aucune majorité de se dégager. Je le dis comme je le pense: on consulte le suffrage universel pour qu'il donne une orientation déterminée à la politique du pays. C'est là le but essentiel de l'élection. Les moyens doivent être appropriés à ce but. Le meilleur mode de scrutin n'est donc point celui qui prétend réaliser une justice approximative, et d'ailleurs plus apparente que véritable, c'est celui qui envoie à la Chambre une majorité homogène, solide et durable.
On charge les députés de toutes les responsabilités.
On leur fait porter le poids de l'impuissance de cette législature.
En vérité, ils ne sont coupables que d'être élus dans des conditions qui rendent tout travail sérieux impossible. Est-ce leur faute s'il n'y a pas de majorité ?
Ils appartiennent à des partis qui de plus en plus, et il convient de s'en réjouir, les astreignent à une discipline sévère. Or, à tout instant, on leur demande de choisir entre le Gouvernement et leur parti. S'ils défendent le Gouvernement, ils se séparent de leur parti. S'ils obéissent à leur parti, s'ils restent somme toute fidèles à leurs convictions et à leurs engagements, ils courent le risque de renverser un ministère par mois.
Vit-on jamais situation plus absurde, et plus périlleuse pour la République ? Si l'on ne nous donne pas un mode de scrutin plus rationnel et mieux adapté au jeu normal des institutions parlementaires, la France se trouvera un beau matin dans l'état d'esprit qui rend aisé le succès de toutes les entreprises de la force.

L.-O. FROSSARD.


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