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La Lanterne - 21 mars 1926


La Lanterne 1926 03 21 01 01 Le rôle des ministres dans notre système gouvernementalLa Lanterne 1926 03 21 01 02 Le rôle des ministres dans notre système gouvernemental

LES FAITS ET LES IDÉES
LA DIRECTION des services publics
Par le lieutenant-colonel Emile MAYER

Continuant mes études théoriques sur l'introduction des méthodes de l'industrie dans les affaires de l'Etat, je suis amené à envisager le rôle des ministres dans notre système gouvernemental.
Eh bien, ma conclusion est que ces personnages constituent un rouage parfaitement inutile; il y a tout intérêt à le supprimer.
Chaque administration aurait alors à sa tête un chef à la fois indépendant et responsable. Eaux et forêts, poudres, postes, l'instruction, l'armée de terre, la marine, l'aviation, etc., etc., tous ces services forment des unités homogènes, d'une importance plus ou moins grande, mais sans solidarité les unes avec les autres, ce qui n'empêche qu'on puisse et que parfois, même, on doive les grouper pour une action commune.
Ainsi les forces de mer, les forces de terre et les forces aériennes sont appelées à concourir à la défense nationale, celle-ci ayant également à mettre en œuvre le concours de l'industrie, celui du commerce, celui des transports, celui des finances.
Le principe de la stratégie napoléonienne s'applique parfaitement à la situation dont il s'agit: se séparer pour vivre, se réunir pour combattre. Chaque administration, en temps normal, doit vivre de sa vie propre, sauf à avoir des contacts et, par conséquent, des frictions avec les autres administrations.
C’est au chef du gouvernement qu'il appartient, en tout temps, d'établir la coordination des différents services, de régler leurs rapports, de fixer les limites de leur action. En temps de crise, il trouvera sans doute avantage, dans la plupart des cas, à placer conjointement certains d'entre eux sous l'autorité provisoire d'une sorte de dictateur choisi par lui.
Le comité de guerre interallié créé au cours de la période 1914-1918, le conseil suprême de défense nationale constitué à la même époque, répondent précisément à cette nécessité. Il y a des moments où les efforts, au lieu de s'exercer parallèlement et en toute indépendance, doivent converger en s'imbriquant les uns avec les autres.
En dehors de ces circonstances critiques, chaque service public gagnerait à rester sous l'uniqué autorité d'un grand-maître, de quelque surintendant, la dénomination importe peu, fonctionnaire choisi par le gouvernement et lié par un traité stipulant la durée et les autres conditions.de son mandat.
Qu'on les appelle administrateurs, comme dans les manufactures de l'Etat ou à la Bibliothèque nationale, qu'on les appelle directeurs, comme dans l'enregistrement, qu'on les appelle présidents, comme au Conseil d'Etat ou à la Cour des comptes, ces hauts personnages relèveraient directement et exclusivement du chef du gouvernement, c'est-à-dire de celui qui les aurait nommés.
Mais ce chef de gouvernement doit rester en rapports permanents avec ses chefs de service, pour les orienter, les guider, les surveiller. Or, c'est justement à établir cette liaison que, servent les ministres.
Malheureusement, outre que ceux-ci, avec le système actuel, sont des personnages politiques, ils manquent de toute compétence spéciale. En eussent-ils dans un domaine déterminé, ils n'en sauraient avoir dans les multiples domaines disparates dont l'ensemble forme leur département.
Par surcroît, ils ont une action horizontale à exercer, concurremment avec leur action verticale. Ils ont souvent à sortir de leur département. Cet enchevêtrement d'actions perpendiculaires se manifeste à chaque instant et, par exemple, dans l'armée.
La gendarmerie ne dépend-elle pas de la guerre, de l'intérieur, de la justice ? Les dépenses militaires n'intéressent-elles pas à la fois l'armée et les finances ? L'agriculture peut avoir besoin du concours de la troupe. Bref celle-ci doit obéir à plusieurs maîtres à la fois, ou successivement, et il peut arriver que les volontés de ces maîtres se contrarient.
On sait que les budgets de chaque département ministériel, par leur réunion, constituent le budget total du pays. Aussi est-il assez explicable que le titulaire du ministère des finances ait demandé à s'immiscer dans les comptes de tous ses collègues.
Il y a donc des chevauchements d'attributions. C'est une inéluctable nécessité qu'on se refuse à reconnaître ou qu'on essaye de masquer dans l'organisation actuelle.
La situation s'éclaircirait si le chef du gouvernement, au lieu de distribuer la tâche en fractions nettement définies, une fois pour toutes, se faisait seconder par un certain nombre d'adjoints auxquels il confierait des missions spéciales.
J'ai comparé cette collaboration à celle que le colonel House, tout dépourvu qu'il fût de titre officiel, a apportée au président Wilson.
Un des « missi dominici » irait unifier les règles de comptabilité dans les différents services autonomes. Tel autre s'occuperait de maintenir la bonne harmonie entre eux et arbitrerait les litiges. Tel vérifierait si les principes d'hygiène sont bien observés partout, etc.etc. Bref, à un système rigide et invariable, se substituerait une organisation souple et vivante qui pénétrerait par tous les joints, en quelque sorte, dans les services autonomes et indépndants, pour y assurer l'unité dans la diversité. L'esprit industriel remplacerait, par ce moyen, l'esprit «fonctionnaire». Et ce serait pour le plus grand avantage du rendement de la machine gouvernementale.

Lieutenant-colonel Emile MAYER.


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