| Le Matin - 21 mars 1926 |
Le rapport de M. Houghton sur la situation de l'Europe
Les journaux anglais ajoutent à leurs publications
des commentaires venimeux contre la France
Il n'est bruit dans la presse anglaise et américaine que du rapport qu'aurait fait à son gouvernement M. Houghton, ambassadeur des Etats-Unis à Londres, sur la situation européenne. Une large analyse de ce rapport a été publiée à New-York, puis câblée au Times de Londres.
D'après le texte du Times, M. Houghton a déclaré que les hommes d'Etat d'Europe n'avaient retiré aucun enseignement de la guerre et que la Société des nations, bien loin de devenir une institution internationale pour l'organisation de la paix, s'inspirait uniquement des principes d'équilibre sur lesquels fut établie la Sainte Alliance de 1815.
«Au surplus, ajoute M. Houghton, entre la Sainte-Alliance et la Société des nations il y a cette différence que l'organisme de Genève ne peut donner l'espoir de sauvegarder la paix. pendant quarante ans. »
Jusqu'ici, rien à dire, M. Houghton a parfaitement le droit de juger comme il l'entend une association à laquelle son gouvernement a refusé d'adhérer. Mais où son rapport si les dépêches sont exactes devient plus grave, c'est quand il accuse du malaise européen la France, signataire des traités de Locarno; la France, qui recherche par tous les moyens le maintien des relations amicales avec l'Allemagne.
Les puissances continentales, dit- il, ne veulent pas du désarmement, et la France moins que toutes. Ce pays refuse de désarmer dans s la proportion prévue au traité de Versailles. Par ses propositions d'évaluer l'armement potentiel des nations et de lier le désarmement à des pactes de sécurité, par son intention de joindre le désarmement naval au désarmement militaire, la France cherche simplement des moyens de saboter d'avance tout système pour la réduction des armements, ainsi que pour empêcher la nouvelle conférence navale désirée par le président Coolidge. M. Houghton ajoute que l'Italie et le Japon soutiennent la France tandis que M. Chamberlain met l'Angleterre à la remorque du cabinet de Paris parce qu'il a besoin de l'appui français en Orient et ailleurs.
Le département d'Etat à Washington a déclaré hier que le rapport n'avait été communiqué à aucun journal. Le démenti ne s'applique pas au contenu même de la publication. Il est bon de rappeler que M. Houghton a passé de nombreuses années comme ambassadeur à Berlin et qu'il s’est habitué à voir maintes questions européennes par les yeux de la Wilhelmstrasse.
Certains journaux anglais agrémentent cette publication de commentaires venimeux. Le Times déclare que c'est un avertissement sérieux pour la France, et que notre pays trouvera une déplorable atmosphère pour le règlement des dettes. Quant au Daily Telegraph, son correspondant diplomatique prétend tout simplement que c'est le président Coolidge lui-même d'accord avec M. Kellogg qui a décidé la publication du rapport. Ce sont là des informations perfides et qui ne reposent pas sur le moindre fondement. Que l'on ait mal compris aux Etats-Unis ce qui s'est passé à Genève, ce n'est pas étonnant puisque les Européens eux-mêmes n'y ont pas toujours réussi. Mais de là à conclure à un mouvement d'opinion contre la France et surtout à une publication volontaire et officielle d'un rapport secret, désagréable pour notre pays, il y a toute la distance qui peut séparer un mouvement de trouble et de mauvaise humeur, d'une campagne méchamment combinée dans certaines rédactions de Londres pour brouiller la France et les Etats-Unis.
| retour 21 mars 1926 |







































































