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L'Homme Libre - 14 mars 1926


L'Homme libre 1926 03 14Les archives secrètes du bolchevisme

D'UNE RUSSIE A L'AUTRE
LES ARCHIVES SECRÈTES du bolchevisme

Ce n'est pas au petit bonheur ni à la bonne franquette qu'on fait un communiste. Il y faut de la méthode et du raisonnement, une sorte de tri dans les idées et dans les faits. Il y faut beaucoup de doigté, et une certaine science jésuitique qui sache, à point voulu, se manifester.
Jugez-en.
Parmi les fatras retentissants des discours prononcés au comité exécutif élargi de la IIIe Internationale, il n'y en eut que peu de publiés et encore ne l'étaient-ils pas tous in extenso. Pourquoi ? C'est que ces discours, pour la plupart, n'étaient pas strictement orthodoxes ou que certains renseignements précis trop précis sur l'état de santé du parti s'y trouvaient enchâssés. Si les dirigeants de la IIIe Internationale peuvent tout entendre, et tout s'avouer entre eux, ils n'en sont pas moins tenus, vis-à-vis de la masse, à une certaine discrétion. La masse pourrait réagir.
Ainsi, a-t-on vu les journaux offciels passer sous silence que les délégués polonais et allemands aient protesté contre M. Tchitcherine. M. Tchitcherine, lors de son dernier passage à Berlin et à Varsovie, a levé trop fréquemment son verre à la santé des ministres bourgeois. M. Tchitcherine, diplomate, devait boire à la santé de personnages officiels que les journaux communistes d'Allemagne et de Pologne traînaient tous les jours dans la boue. Et M. Tchitcherine, en levant son verre, ne paraissait pas outre-mesure, gêné, pas plus qu'il n'était gêné, à ces réceptions, de descendre d'une somptueuse limousine ou de se révéler fin gourmet.
Evidemment, le communiste conscient, qui, du trottoir, considérait le camarade Tchitcherine dans ce rôle de grand seigneur devait se trouver un peu interloqué. Et le fait que le même camarade, à l'abri de rideaux soigneusement tirés, dégustait des crus célèbres en compagnie de jolies femmes décolletées suscitait peut-être son envie, mais ne développait guère ses sentiments de la hiérarchie communiste. Le communiste conscient protestait donc à part lui. A peine avait-il rencontré un de ses frères en communisme qu'il protestait plus fort. Dès qu'il en avait trouvé un troisième, il se sentait tout échauffé. A partir du quatrième, il avait la fièvre. En groupe, c'étaient des hurlements.
D'où l'ordre donné aux délégués polonais et allemands au comité élargi de l'a IIIe Internationale, de dénoncer le camarade Tchitcherine comme un bourgeois férocement jouisseur. Les délégués le dénoncèrent donc. On sourit. Ce sont là jeux de prince et de diplomate. Jeux nécessaires, même en régime soviétique.
Seulement, tout le passage consacré à l'exécution du camarade fut supprimé dans les comptes rendus. Que les dirigeants de la IIIe Internationale sachent que M. Tchitcherine fraternise volontiers, le verre en main, avec les ennemis mortels de Moscou, la belle affaire! Mais que le troupeau naïf le sache, cela, non. Et l'on jette à l'adresse du troupeau des phrases, des phrases et des phrases encore absconses, ampoulées, fumeuses, où le troupeau ne voit goutte et se perd...
Les Soviets ont publié les archives secrètes des Tsars. Quel gouvernement devra publier les discussions publiques des Soviets ?

Raoul NANTIES.


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