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Paris-Soir - 14 mars 1926


Paris soir 1926 03 14 La politique d'équilibre, c'est la sagesse

LA POLITIQUE
La politique d'équilibre

La politique d'équilibre, c'est la sagesse, écrit M. Emile Buré, qui ajoute : «M. Briand y revient, qu'il s'y tienne!»

Faut-il donc démontrer que cette politique est à l'origine du grave conflit de Genève? Reportons-nous aux faits. Examinons-les sans passion. Parlons européen, suivant le conseil du président Briand lui-même. A Locarno, les pays de l'Entente, las de prolonger dans la paix l'état de guerre, ont négocié avec l'Allemagne un ensemble d'accords qui avaient comme contre-partie, ou plutôt comme condition nécessaire de validité, l'entrée de l'Allemagne dans la Société des Nations. II est évident, en effet, que si le Reich reste à la porte, les accords, dépourvus de moyens pratiques d'application, privés des sanctions envisagées, resteront lettre morte. Or, on a promis au Reich de créer pour lui un siège de membre permanent du Conseil. On lui a promis, aussi, je le note en passant, nous l'avons appris ce matin, un mandat colonial.
Au moment de tenir parole, on fait surgir d'autres candidatures, celle de l'Espagne, celle de la Pologne, celle du Brésil. C'est la politique d'équilibre, chère à M. Buré, qui intervient. La Pologne au Conseil, c'est l'influence française qui s'accroît. Satisfaction donnée à l'Espagne, c'est un renforcement de l'influence anglaise, ou, si l'on préfère, une neutralisation du succès français. Mais, de toute façon, c'est réduire, dans une très large mesure, au sein du Conseil, l'activité de l'Allemagné. Luther et Stresemann ne veulent rien entendre. Ils font observer qu'à Locarno on ne les a pas avertis que l'entrée de leur pays dans le Conseil de la S.D.N. serait subordonnée à l'octroi d'avantages identiques à d'autres pays. De quelque manière qu'on envisage la situation, on est conduit à constater que la manoeuvre de l'Angleterre et de la France met la S.D.N. à la discrétion de l'Allemagne. Si la session de l'Assemblée est renvoyée, les accords de Locarno sont compromis et le prestige de la S.D.N. est atteint. Si l'Allemagne obtient satisfaction et qu'on ajourne les revendications de la Pologne, de l'Espagne et du Brésil, en admettant que ces derniers ne se retirent point, c'est du Reich désormais, et de lui seul, que dépendra leur admission au Conseil. Enfin, si aucune solution transactionnelle n'intervient, Locarno s'effondre et la Société des Nations est «torpillée».
Voilà le beau résultat dont nous sommes menacés.
S'il se produit, tout le mérite en reviendra, toute la responsabilité en incombera à la politique d'équilibre.
Et une grande espérance sera morte.

L.-O. FROSSARD.


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