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Le Petit Parisien - 14 mars 1926


Le Petit Parisien 1926 03 14 La délinquance des mineurs

POUR ET CONTRE

Il n'y a pas à dire, c'est effrayant... Encore un crime de gosse. Un morveux, un vilain môme qui n'a pas même treize ans, a égorgé, sauvagement, avec un couteau de cuisine, une vieille femme de quatre-vingts ans qu'il a pendue ensuite pour faire croire à un suicide... Le petit monstre, qui voulait chiper les économies de la pauvre femme, a tout juste raflé quarante sous...
Tout de même, dans le temps, dans le temps, c'est-à-dire il y a seulement une dizaine d'années on ne voyait pas, pour parler comme les commères, «des choses pareilles». Non! On ne voyait pas cela... Il y avait bien, déjà, de sales gosses; il y avait bien des petits voyous, des petits voleurs, des insupportables et malfaisants gamins, mais il n'y avait pas de moutards-bandits...
Que se passe-t-il donc?... Dans la petite cervelle de l'enfant quel est le poison qui s'est secrètement infiltré?
Il y a trop d'enfants abandonnés et livrés à eux-mêmes... dira-t-on. Il y a trop d'enfants qui ne vont qu'à l'école des courants d'air et qui n'ont pour maîtres que le vice et que la paresse...
Possible!... Mais, autrefois, il y avait aussi des enfants abandonnés!... Autrefois, il y avait aussi des enfants. qui couraient dans le ruisseau... Pourtant, ils n'égorgeaient pas des rentières... Le mal doit avoir une cause plus profonde...
Peut-être laissons-nous prendre trop tôt, aujourd'hui, des habitudes d'hommes aux gosses que nous ne devrions traiter que comme des moutards... Nous les laissons trop tôt jouer aux petits messieurs, aux petits étudiants, aux petits apaches aussi... Hauts comme trois pommes, ils fument, ces morveux!... Hauts comme trois pommes, ils sortent seuls le soir, vont où ils veulent... Hauts comme trois pommes, ils contractent des vices d'hommes et des habitudes de vieux fêtards... Hauts comme trois pommes, ils rêvent déjà de plaisirs dispendieux... Et déjà ils ont des besoins d'argent et des dettes !...
Ils vont trop vite... La maturité qu'ils s'octroient délibérément, ils ne l'ont ni dans la cervelle, ni dans la volonté... Ils ont tous les mauvais instincts des hommes pour commettre les pires fautes... Ils n'ont pas la raison des hommes pour se maitriser et se dominer... Ils font le mal comme des bandits,  aussi comme des morveux...

Maurice PRAX.


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