| La Dépêche - 14 mars 1926 |
A GENÈVE
La Défaillance du Reich
Paris, 13 mars. - Hier, dans la journée, un vent assez optimiste soufflait sur Genève. On pensait que les concessions faites à l'Allemagne, les propositions de nature à sauvegarder l'amour-propre de chacun et l'attribution d'un siège électif non permanent à la Pologne étaient des gages suffisants de l'esprit de conciliation des grandes puissances.
Le sentiment général était que MM. Luther et Stresemann finiraient par se rallier à ce compromis et que M. Unden ne pourrait plus alors persister dans son intransigeance... Or, au cours de la soirée, on apprenait que les représentants du Reich refusaient de modifier en quoi que ce soit leur position et prétendaient entrer seuls au conseil de la S. D. N. sans vouloir prendre aucune sorte d'engagement pour la session de septembre.
Ce fut de la stupeur quand la nouvelle circula dans les milieux internationaux de Genève, de la stupeur et aussi de la consternation. On se demandait si tout n'était pas fini et si tant de courageux efforts dépensés par la France et la Grande-Bretagne n'allaient pas aboutir à une dislocation de la S. D. N. Mais aujourd'hui on parait réagir et, malgré les terribles embarras créés par la mauvaise volonté de l'Allemagse, on essaie de trouver le moyen de ne pas compromettre à jamais l'institution si nécessaire à la pacification des peuples.
Jusqu'au dernier moment, nous nous refuserons à croire qu'il faut désespérer à ce point de la raison humaine et que l'Europe sera derechef livrée aux errements nationalistes. L'attitude des délégués du Reich a fatalement resserré l'union des alliés de la guerre et a donné un coup de fouet à tous les neutres qui croyaient que le jeu de l'Allemagne ne mettrait pas en danger l'édifice même de Genève. A cette heure, tous les hommes de bonne volonté qui désirent sauver la S. D. N. se consultent et délibèrent afin d'empêcher que la situation ne se termine en tragédie.
Le fait que de nombreux représentants des grands et des petits pays se soient ainsi ressaisis est un indice d'espérance. Tout ce que l'on peut avancer pour l'instant, c'est que le fil n'est pas rompu et que, si fragile soit-il, il permet de renouer des conversations d'où sortira peut-être une solution acceptable pour tous.
C'est avec une réelle anxiété que les démocrates de toutes les nations attendent les nouvelles de Genève. L'opinion mondiale compte. Elle sera sévère pour ceux qui porteront la responsabilité d'un pareil désastre moral et politique, si, par hasard, on ne découvre pas le remède qui adoucira la crise actuelle et qui permettra plus tard de la dominer complètement.
Francis DORTET.
| retour 14 mars 1926 |







































































