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L'Humanité - 14 mars 1926


L'Humanité 1926 03 14 Il y a aussi des mal-lotis au Havre

«L'HUMANITÉ» EN SEINE-INFÉRIEURE
Il y a aussi des mal-lotis au Havre
Le député-maire Meyer promet... mais ne réalise jamais

Le Havre, 13 mars. (De notre envoyé spécial.) - Comme toute grande ville qui se respecte, le Havre a ses taudis et ses «Mal-lotis». Nous n'insisterons pas sur les premiers qui pour être moins nombreux qu'à Rouen n’en sont pas plus salubres. Quant aux seconds... Ecoutez plutôt.

Pendant la guerre, l'armée britannique avait dressé un camp sur un immense terrain vague du plateau du Haut-Graville. Les Anglais gens pratiques et aimant le confort, y installèrent l'eau et l'électricité, voire un trottoir roulant. Survint l'armistice. Les soldats anglais déménagèrent laissant là leur installation moderne.
Qu'en faire ? se demande l'ancienne municipalité havraise. Détruisons tout cela, proposa qu'elqu'un, et vendons le terrain. Ce qui fut fait. Un collègue du légendaire Bernheim s'en rendit acquéreur pour une bouchée de pain et le transforma en lotissements.
Des familles ouvrières entières abandonnèrent alors leurs taudis et gagnèrent les hauteurs de Graville espérant y trouver la vie saine et confortable que les vieux logements de la ville leur refusaient. Les malheureux ! Ils allaient tomber de Charybde en Scylla.
Si vous le permettez, nous allons faire ensemble une promenade à travers ces lotissements dits d'Aplemont. Il faut s'y rendre à pied, car il n'y a pas de moyens de communication.
Après avoir gravi, en suant, une côte qui n'en finit pas, nous débouchons sur un vaste plateau où l'on enfonce de 20 centimètres dans la boue.
Beaucoup de petites maisons en agglomérés et quelques bicoques en bois. Pas de routes, naturellement. C'est là que vivent, privés de tout, près de trois cents mal-lotis.
A un bout du lotissement sur la route de Montgeon, près d'un réservoir, on a installé une fontaine, véritable oasis dans ce désert. Elle débite 150 litres d'eau l'heure. C'est la fontaine électorale.

Une fontaine électorale
Contons l'histoire de cette fontaine. Pendant la période des élections municipales de 1925, M. Meyer, député-maire radical du Havre, mena une habile campagne. Il promit tout ce qu'on lui demanda et plus encore. Les mal-lotis n'avaient qu'à voter en faveur de sa liste pour être heureux comme des princes. Eau, gaz, électricité... trottoir roulant, le fameux trottoir roulant des Anglais! leur tomberaient du ciel par la grâce du Bloc des Gauches. Enfin, pour convaincre définitivement les incrédules, on installa une fontaine, celle dont nous venons de parler.
La liste du Cartel fut élue... et les mal-lotis attendent -sans grand espoir d'ailleurs- la réalisation des promesses de M. Meyer.
Ne voyant rien venir, quelques-uns se sont fâchés; ils ont été trouver le ci-devant sous-secrétaire d'Etat à la marine marchande pour lui demander de faire appliquer contre les marchands de terrains la loi de juillet 1924 et d'apporter un remède à leur triste situation. «Que voulez-vous que je fasse leur répondit le maire, la Ville est pauvre. Vous voulez des routes ? Eh bien construísez- les vous-mêmes!
Aujourd'hui, vous vous indignez, mal-lotis havrais. Vous vous étonnez que des municipalités cartellistes se refusent à faire appliquer des lois votées par une majorité parlementaire cartelliste.
Que vous êtes naïfs mes camarades. Sachez que les lois ne s'appliquent qu'autant qu'elles ne lèsent pas les intérêts capitalistes.
Vos misères d'aujourd'hui doivent vous être salutaires. A la prochaine occasion, vous saurez que pour vous défendre il ne faut pas choisir des bourgeois, même de gauche. -

Pass.


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