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L'Œuvre - 07 mars 1926


L'Oeuvre 1926 03 07 Alexandre Varenne gracie un agitateur tonkinois

M. Alexandre Varenne gracie un agitateur tonkinois.

Quand M. Varenne, nommé résident général en Indochine, fit son entrée officielle à Hanoi, le 23 novembre dernier, il fut accueilli par le cri de «Vive Phan Boi Chan!» que poussait la foule des indigènes. Un peu interloqué, M. Varenne crut tout d'abord que c'était la traduction de son nom dans la langue du pays et il en éprouva quelque surprise. Mais, s'étant renseigné, il apprit que celui qu'acclamaient ainsi les habitants d'Hanoï était un lettré annamite, condamné aux travaux forcés à perpétuité par la commission criminelle du Tonkin comme agitateur et instigateur des révoltes qui avaient, à diverses reprises, ensanglanté l'Indochine. On l'accusait notamment d'avoir, en 1913, armé les meurtriers qui avaient lancé une bombe sur la terrasse d'un hôtel d'Hanoï, primitivement destinée à M. Sarraut, et dont les éclats tuèrent les commandants Chapuis et Montgrand. Phan Boi Chan se défendit énergiquement, niant toute complicité, et ses dénégations eurent d'autant plus de poids auprès des Tonkinois que tous les témoins à charge étaient morts. Au surplus, il opposa aux pamphlets francophobes, dont il avait jadis inondé l'Annam, des écrits plus récents où il déclarait se rallier à une politique d'entente franco-annamite.
Son procès et sa condamnation valurent à Phan Boi Chan une grande popularité parmi les indigènes qui le comparèrent tour à tour à Zagloul pacha, à Gandi, et même à... Jeanne d'Arc.
On s'explique donc la manifestation qui eut lieu lorsque M. Varenne prit possession de son poste. Une fois mis au courant, notre résident général eut un beau geste. Il gracia le condamné et ce geste fut en même temps très adroit. Car maintenant qu'il est libéré et vit à Hué dans le silence, Phan Boi Chan a perdu tout prestige auprès de ses compatriotes. Il n'est plus l'innocent qu'il fallait venger, le grand patriote dont la parole et les écrits soulevaient l'enthousiasme des foules. Ce n'est plus qu'un homme qui a préféré la tranquillité au martyre et les extrémistes, dont hier encore il était l'idole, vont jusqu'à le traiter de traître et de vendu. Désormais, Phan Boi Chan n'est plus à craindre et M. Varenne a un souci de moins.


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