| La Lanterne - 28 février 1926 |
UNE INTERVIEW DE M. MUSSOLINI
M. Albert Jullien, du Petit Parisien, a été reçu par M. Mussolini, qui lui a fait de très longues déclarations.
Parlant de l'incident du Haut-Adige et de l'action du pangermanisme, le Duce lui a dit :
«Le danger est indiscutable... Il fallait dénoncer cette menace du pangermanisme... Retenez bien ceci : il ne faut pas s'obstiner à voir les hommes tels qu'on voudrait qu'ils fussent, mais tels qu'ils sont en réalité... Ce qui est vrai pour les hommes en général l'est particulièrement pour les Allemands. Ils n'ont pas changé !...
Ces gens-là n'oublient pas, ne se résignent pas, n'abandonnent pas leurs rêves de jadis... C'est ce qui vous prouve combien mon intervention était légitime, combien elle s'imposait...»
Selon M, Mussolini, la France et l'Italie doivent collaborer pour établir fermement la paix :
Cette paix, dit-il, la France et l'Italie, par leur union que rien ne doit jamais venir troubler, peuvent l'imposer. Elles le peuvent parce qu'elles représentent aussi à elles deux 80 millions d'âmes, autant que le bloc germanique. C'est ce que j'appelle l'équilibre des masses. Si on maintient cet équilibre, la paix ne sera pas troublée. Il y a en Europe trois masses qui correspondent à trois races différentes et qui se contrebalancent la masse occidentale des Latins, la masse germanique et la masse slave, ces deux dernières séparées par la Pologne. Que la première, la masse latine, s'effondre, se désunisse, et l'équilibre disparaît.
La politique
M. Charles Benoist (l'Echo de Paris) fait ces réflexions sur l'incompétence parlementaire :
L'omnipotence étant le premier des vices du parlementarisme déformé, l'incompétence en est le deuxième. A moins que l'incompétence ne soit le premier et l'omnipotence le second. Mais il semble que cette incompétence découle en partie et se nourrisse de cette omnipotence elle-même. En tout cas, les deux réunies produisent l'innombrable gâchis où nous nous enlisons.
Contre l'omnipotence, qui, d'ailleure, théoriquement illimitée, trouve pourtant une limite dans l'impuissance pratique, j'ai dit ce qu'on pourrait tenter. Et contre l'incompétence ?
Elle crève les yeux. S'il y a jamais eu un moment où nous en ayons éprouvé à nos dépens les funestes effets, c'est bien celui-ci. Dans les circonstances tragiques qui ont suivi le bouleversement de 1914, l'incapacité des Chambres et des gouvernements sortis d'elles est devenue meurtrière. Pour être juste, il faut avouer que, si les hommes ne sont point à la mesure des événements, c'est aussi que les événements sont disproportionnês, sont à une autre échelle que tout ce qu'on avait vu et que l'on connaissait jusqu'ici. Ce ne sont pas seulement les hommes qui sont trop petits, ce sont les faits qui sont trop grands, les problèmes qui sont trop vastes. L'écart et l'insuffieance n'en restent pas moins les mêmes, très difficiles et presque impossibles à combler. Soyons tout à fait équitables. Convenone que, parmi ces hommes d'une infériorité cruelle à l'œuvre immense qu'ils devraient accomplir, il y en a beaucoup qui sont de bonne volonté, la plupart peut-être, et plusieurs, peut-être un certain nombre, qui ont du talent. Le malheur est que ce genre de talent n'est pas celui dont le besoin se fait impérieusement sentir, et qu'il est tout différent, si même il n'en est tout l'opposé. La faute n'est donc pas seulement aux hommes, mais au système, à ce régime agencé de bas en haut, sur les opinions et sur les partis, qui a pour unique instrument la parole, et où rien ne compte en public que l'éloquence, dans le secret que la manoeuvre. Au bout du compte, un jeu mais les temps en sont passés. Nous n'avons plus le cœur au jeu.
L'OBSESSION
Le Temps montre qu'à l'occasion du douzième provisoire de mars des problèmes redoutables ont été ramenés à la mesure des plus médiocres préoccupations de politique intérieure:
A quelle préoccupation ont obéi un trop grand nombre des députés qui ont voté l'amendement Mistral? Au Maroc, à l'agression d'Abd el Krim, au moyen de préparer la paix en faisant montre d'un empressement qu'Abd el Krim peut prendre pour de la faiblesse ? Non pas. La préoccupation dominante a été de reconstituer le Cartel : « C'est une majorité nouvelle qui surgit ». s'est écrié un député communiste. Il avait raison. Le Cartel nouveau, la majorité nouvelle qui se forme maintenant dès qu'il s'agit d'affaiblir, soit la notion nationale, soit la défense nationale, comprend, avec les socialiste imperturbables et des radicaux-socialistes égarés, les communistes.
Paul FLORAC.
| retour 28 février 1926 |





































































