| Excelsior - 28 février 1926 |
DE LA MODE
La mode subit actuellement certaines rigueurs. La voici menacée de mesures coercitives par la papauté. Le Saint-Père a prescrit aux prédicateurs italiens de lutter contre l'inconvenance de la tenue féminine, et c'est sur ce thème, qu'il juge capital, que les prêches de ce carême doivent insister.
C'est là un aspect de la question qui ne nous appartient pas. Mais les hauts chefs de l'Eglise ne sont pas seuls inquiets. Nombreux sont, en France notamment, ceux qui se formalisent des écarts de la mode, et cela au nom du goût, au nom de la réputation légitime que possèdent dans le monde nos artistes de la couture.
Tel de nos confrères propose de fonder une Académie française de la parure pour combattre efficacement les excentricités de la mode.
Précisément, là est le point délicat. Est-ce bien l'excentricité qu'il faut combattre? N'est-ce pas plutôt le ridicule? La mode sans l'excentricité n'est plus la mode, et, si on ne veut pas la tuer, il faut l'accepter avec ses fantaisies. Or, le ridicule ne se réglemente pas. Il est un tout, comme la Sottise; il échappe à l'analyse; il est à la fois la disproportion, l'anachronisme, l'illogisme du goût; il est l'inconscience dans le grotesque.
Le ridicule n'existe que pour celui qui n'en est pas atteint. Quant à celui qui s'en trouve affublé, il est le dernier à s'en douter; et c'est cela même qui est risible. Quand un personnage ridicule est dans un groupe de gens qui s'amusent à ses dépens, il ne voit pas qu'il s'agit de lui; il rit aussi fort que les autres.
Cela s'appelle ne pas avoir le «sens» du ridicule. Et alors, qu'y faire? Allez donc parler peinture à un aveugle-né?
LOUIS SIMON.
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