| La Lanterne - 28 février 1926 |
De quatorze heures à minuit
par Marthe MALDIDIER
De l'invité au cochon de payant.
Mercredi dernier, «Aide et Protection» donnait à «Fémina» la générale de La Vie des Autres.
La salle, assez pauvre de critiques dûment classés, paraissait assez enthousiaste. On applaudissait beaucoup, et l'émotion avait gagné la plupart des spectateurs.
Le dernier acte terminé, l'auteur, M. Maurice Gagneur, circulait dans les coulisses, visage heureux et mains agitées : Il avait plu, il avait ému, tout s'était bien passé.
Le lendemain cependant, les coupures arrivaient :
On doit trop de sympathie à M. Pierre Aldebert, on le sait trop au courant du mouvement dramatique actuel pour ne pas lui dire toute la vérité. Au surplus, son programme nous y invite, puisqu'il nous prévient que le buts charitables du Théâtre «Aide et Protection» ne constituent pas un appel à l'indulgence de la critique.
De l'avis unanime des auteurs et journalistes qui assistaient hier à a répétition générale de «La Vie des Autres», cette pièce rendra les plus mauvais services à la cause de l'avant-garde, et sa présentation était par faitement inutile.
Si belle qu'ait été au front la conduite d M. Maurice Gagneur, si respectable que soient ses titres à la gratitude publique -et ce n'est pas nous qui méprisons les souvenirs de la guerre- force nous est de lui dire qu'il ignore tout de l'art dramatique.
Ainsi disait dans Comedia, avec le plus de bienveillance possible, le bénévole remplaçant de MM. Etienne Rey et Paul Nivoix.
Tous ces personnages sont de pauvres marionnettes... Et je ne puis vous donner une idée de l'ingénuité de l'exposition; de ce dialogue où les gens disent, tout de go, ce que nous sommes certains d'avance qu'on dira, ne trouvent plus rien à ajouter...
Le Théâtre «Aide et Protection» mérite la plus grande sympathie. Avertissons-le, en ami. La représentation d'œuvres pareilles, c'est simplement un suicide,prophétisait en toute amitié M. Robert Kemp dans la Liberté.
Cette pauvre petite chose insignifiante et deux fois triste. annonçait Paris-Midi.
Il faut soutenir les faibles. Faut-il les soutenir, au théâtre ? C'est une question à débattre. disait l'Intransigeant.
Mais alors, qui donc applaudissait ? Qui? Mais Mme Rachilde d'abord, puis les amis des critiques, conviés à occuper la seconde place offerte à tous les ayants-droit. Tous ceux enfin qui, d'habitude, paient leur place au théâtre et qui font partie du vrai public. J'en avais un, auprès de moi, homme de goût et d'esprit, très au courant des spectacles nouveaux, auxquels il assiste assez régulièrement, mais peu habitué aux générales. Il goûta fort la pièce, et ce sont ses propos que je transcris ici :
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