| Le Petit Parisien - 21 février 1926 |
L'INFLATION ET SES CONSEQUENCES
A l'heure où les difficultés que rencontre le vote d'un projet d'équilibre budgétaire nous ramènent le spectre de l'inflation. il n'était pas inutile de rappeler les graves dangers que fait courir à l'économie nationale l'émission anormale de billets de banque.
La Société d'études et d'informations économiques, 282, boulevard Saint-Germain, vient de consacrer à cette importante question une étude très instructive dont voici la substance:
L'inflation, qui a pour origine le déficit budgétaire et le défaut de confiance dans la parole de l'Etat, se manifeste par l'avilissement de la monnaie, la hausse des prix, la baisse du franc sur le marché des changes. Ce sont là les symptômes de la maladie. Mais celle-ci n'entraine pas que des troubles extérieurs. Elle en produit de plus profonds.
Et d'abord, elle détruit le capital, ruine l'épargne, favorise les débiteurs aux dépens des créanciers, et parmi ces derniers les plus éprouvés sont les petits rentiers de l'Etat et les obligataires dont les revenus se déprécient en valeur sans augmenter en chiffre. L'inflation équivaut donc à la banqueroute plus ou moins lente, tant de l'Etat que des débiteurs privés.
Au début, l'inflation amène une période de prospérité factice et trompeuse. Pendant quelque temps, l'exportation est stimulée artificiellement. L'étranger afflue dans le pays en inflation et achète à bon compte marchandises, immeubles, usines. Mais ces ventes à l'étranger vident le pays de sa substance. De plus, le pays qui vend à des prix-papier et achète à l'étranger à des prix-or n'arrive pas à récupérer la valeur des matières premières et du travail national qui a transformé ses produits.
On peut dire qu'en temps d'inflation, plus un pays vend, plus il se ruine. Pour n'être point visibles, les troubles moraux et sociaux que provoque l'inflation n'en sont pas moins graves. Celle-ci amène une démoralisation générale en détruisant les vertus d'épargne et de prévoyance. Elle frappe toutes les classes, mais inégalement.
L'inflation opère sur le capital le prélèvement le plus lourd qu'on puisse rêver, en dehors de toute mesure et de toute justice. Elle a pour conséquence un déplacement en grand des richesses et des propriétés. Elle équivaut par une révolution sociale faite dans le désordre et aboutissant à la misère.
Nous n'en sommes pas encore à ce point de l'inflation qu'ont connu les Etats de l'Europe centrale. Nous n'éprouvons encore que les premiers symptômes du mal. Nous pouvons encore guérir sans avoir subi ses atteintes les plus graves; mais il faut que nous ayons présents à l'esprit le cours entier du mal et ses résultats, pour puiser dans cette image la volonté et la force de réagir avant qu'il soit trop tard.
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