| Journal des débats - 14 février 1926 |
La politique fasciste au Parlement.
La situation financière et économique
(DE NOTRE CORRESPONDANT)
Rome, février.
Avant de s'ajourner à la seconde quinzaine d'avril, la Chambre a entendu, on le sait, un discours très énergique du président du Conseil, discours qui constitue, pour l'Allemagne, une invitation à mettre rapidement fin à la campagne italophobe des nationalistes allemands à propos du Brenner, si elle veut éviter des représailles. Selon son habitude, le Duce a dit à l'Allemagne toutes sortes de vérités que la presse fasciste étalait depuis une quinzaine de jours.
La Chambre a, en outre, approuvé l'accord financier de Londres, la conversion en loi du décret portant création d'une Académie royale d'Italie et le projet de loi sur l'insti- tution de l'«OEuvre Balilla pour l'assistance et pour l'éducation physique de la jeunesse». Nous avons déjà parlé de cette «œuvre» qui, pour qu'elle puisse recevoir une impulsion plus vigoureuse, dépend directement du premier ministre. Son but est d'entraîner la jeunesse, entre 8 et 21 ans, aux exercices sportifs, militaires, etc..., et le député Forretti a bien dit, à Montecitorio, que, «sous la direction du Duce, les Balilla d'aujourd'hui seront les légionnaires de demain». Et le député Ricci n'a pas eu tort d'ajouter «que le fascisme veut exercer le cœur, les bras et l'esprit de la jeunesse pour la conduire aux plus hautes conquêtes». Au résumé de ces petits événements, nous ajouterons que le Parlement a approuvé un nouveau crédit de 65 millions pour augmenter la solde des officiers et qu'aucune autre catégorie de fonctionnaires ne sera augmentée. Comme il le disait à la Chambre le 29 janvier, M. Mussolini estime que la paix la plus sûre «est à l'ombré des épées». La préparation militaire de l'Italie confirme ce raisonnement.
L'accord conclu à Londres sur les dettes italo-anglaises n'a pas eu sur les Bourses les heureux effets que l'on escomptait. Les cours se maintiennent très bas et la tendance à la baisse s'accentue. Les causes de cette crise des Bourses sont complexes. Puisque nous les avons déjà indiquées, nous nous contenterons de les résumer: cherté de l'argent (les reports sont de 10 % minimum pour des titres qui rapportent 6 %), événements comme le krach Bondi (150 millions, dit-on), augmentation de capital de plusieurs grandes sociétés anonymes, enfin et surtout restrictions de crédits bancaires, restrictions voulues et imposées par le gouvernement pour stabiliser la lire et arriver à une diminution du prix de la vie, restrictions de plus en plus pénibles pour le commerce et pour l'industrie, car l'argent devient d'une rareté extrême, tandis que les impôts augmentent toujours sans que personne ne bronche. (A propos d'impôts, on sait que le gouvernement vient d'abolir la loi de guerre sur les loyers et de rendre toute liberté aux propriétaires à partir du 30 juin prochain, mais on ignore peut-être qu'une grande partie des augmentations que les propriétaires feront subir aux locataires entrera dans les caisses du fisc sous forme d'augmentation nouvelle d'impôts).
Cette situation, si elle se prolonge, menace de dégénérer en crise industrielle dont les symptômes sont déjà visibles, et plusieurs techniciens de la finance nourrissent l'espoir que, «sur la base des dollars provenant des emprunts contractés en Amérique par différentes sociétés industrielles, le gouvernement procédera bientôt à une augmentation de la circulation fiduciaire» Augmentation signifie, dans ce cas, inflation. Arrivera-t-on jus- que-là? Il le faut, ou, plutôt, il le faudrait. Cependant, interviewé ces jours-ci, le ministre des finances, parlant justement «des difficultés que rencontre l'industrie», disait : «Quand un grand équipage, galope, il se peut que quelques chevaux s'arrêtent, mais, l'essentiel, c'est que l'équipage, dans l'ensemble, poursuive sa course vers le but lointain...»
L'Italie fasciste a atteint l'équilibre du budget. Elle va essayer maintenant d'équilibrer sa balance commerciale pour rendre stable l'équilibre du budget, pour maintenir la stabilisation de la lire. 1926 devra être, dit-on, une année de reconstruction économique. Dans ce but, plusieurs organismes nouveaux ont été créés. Ils ont nom de : Conseil supérieur de l'économie nationale, Institut national d'exportation, Entente nationale pour le contrôle de la combustion, etc... Les pouvoirs de ces organismes, qui dépendent tous du gouvernement, seront très étendus. Ils s'efforceront dè donner à la production industrielle «ne empreinte complètement italienne », c'est-à-dire que, dans toute la mesure du possible, on devra employer des matières premières italiennes. On étudiera le moyen de cultiver des plantes dont on puisse extraire de l'alcool pour créer «le carburant national». L'horticulture retient particulièrement l'attention, puisque les primeurs exportées se transforment aussitôt en or.
Enfin, un contrôle,«obligatoire» sera exercé sur toutes les machines et moteurs à combustion et on exigera le remplacement du vieux matériel à forte consommation par des appareils et moteurs plus modernes et plus économiques. Depuis 1922, l'Italie a conclu 19 traités commerciaux avec des puissances étrangères. Cet effort d'expansion sera poursuivi. Les marchés étrangers vont être attentivement étudiés. Une quinzaine de nouveaux attachés commerciaux seront bientôt nommés. On en enverra dans les postes diplomatiques d'Orient et d'Amérique qui n'en sont pas encore pourvus.
| retour 14 février 1926 |






































































