| Le Matin - 31 janvier 1926 |
Les vols à l'arsenal de Lorient
Il est difficile jusqu'à présent d'en évaluer l'importance
[SUITE DE NOTRE DÉPÊCHE DE 1" PAGE]
A l'insu de celui-ci peut-être ? Et, parmi un lot de ferraille achetée à l'arsenal, cette découverte devait en amener une autre. En procédant, en effet, à l'inventaire du matériel nécessaire au La-Motte-Picquet on s'aperçut que les glissières en bronze du tube lance-torpilles avaient disparu, et jusqu'ici les recherches faites pour les retrouver sont demeurées vaines. Mais un bruit court avec persistance; ces glissières (300 de bronze ouvragé)) auraient été embarquées fort discrètement sur un navire de commerce venu récemment réparer sa carène à l'arsenal de Lorient.
Nous touchons ici au point sensible de l'enquête, et, si la chose se confirme, à des faits plus graves que les vols signalés d'autre part.
En effet, de nombreuses personnalités exposent la situation dangereuse que fait courir ux arsenaux de la marine la faculté qui leur est laissée d'exécuter les travaux en cession pour le compte de l'industrie privée. Ce serait là une source de gaspillages, de coulages que favorisent encore l'insuffisance du contrôle et la faiblesse de l'administration.
Sans formuler d'accusations bien nettes, sans donner de précisions, on dit que de peu scrupuleux ouvriers ou chefs d'atelier d'arsenaux emploient aux réparations de bateaux de commerce ou de pêche le matériel et les fournitures ne devant servir qu'aux seuls travaux de la marine de guerre, et sans porter au compte du bâtiment bénéficiaire le prix des matériaux fournis.
On dit aussi que quelques-uns de ces bateaux, entrés à l'arsenal les cales vides, en sont sortis souvent avec un chargement de matériel fort utile, et on cite, sans préciser, je le répète, certaines cargaisons de peintures ou de bois sorties frauduleusement de l'arsenal par la porte de mer, qu'à leur tour franchirent, ces temps derniers, les glissières du La Motte-Picquet.
La brigade mobile n'ignore pas ces bruits et, discrètement, elle poursuit son enquête.
Ce que dit le préfet maritime
Le contre-amiral d'Adhémar de Cransac, préfet maritime, est aussi parfaitement renseigné :
C'est en raison de ces bruits, dont l'écho était parvenu jusqu'à moi, m'a- t-il déclaré, que jai tenu à demander le concours de la brigade mobile, bien que les accusations formulées contre l'arsenal ne soient appuyées par aucune précision. Et la brigade mobile, secondée par les chefs de service de la marine, s'est efforcée, mais vainement, de recueillir des renseignements. Elle n'a rien trouvé, rien ! Il n'y a d'ailleurs dans nos arsenaux, et en particulier à Lorient, ni gabegie, ni coulage. La comptabilité est parfaitement tenue et le matériel très étroitement contrôlé. Il n'y a dans tous ces bruits que des potins malveillants.
Tout ce qu'a pu trouver la brigade mobile, au cours d'une enquête des plus serrées, ce sont les quelques vols pour lesquels une instruction est ouverte et il ne m'appartient pas de vous parler de cette information judiciaire. Je laisse la justice suivre son cours et punir les coupables. Je déplore les actes dont s'est rendu coupable l'ingénieur Toulliou. C'était un technicien habile et qui, dans l'industrie privée, aurait pu gagner 40.000 francs par an. Il a fait des choses merveilleuses et obtenu les félicitations du ministre. C'est lui qui, après la guerre, reçut en vrac toute la ferraille boche et, pièce à pièce, il la remonta et en fit des moteurs qu'il adapta sur nos bateaux Je tiens à profiter de l'occasion qui m'est offerte pour faire connaître tout le bien que je pense de mon personnel. Il y a ici, à l'arsenal, 4.000 ouvriers, travailleurs, loyaux et fort peu turbulents. Je n'ai qu'à me louer d'eux, et je suis obligé de constater que s'il se trouvait parmi eux deux ou trois personnages indélicats, c'est une proportion bien faible.
Ainsi nous parla l'amiral.
| retour 31 janvier 1926 |







































































