| Excelsior - 28 avril 1926 |
UNE ÉPOUVANTABLE TRAGÉDIE A BORD DU SIDI-FERRUCH UN DES VAPEURS QUI ASSURENT LE SERVICE ALGER-MARSEILLE
Quarante et un Arabes s'étaient embarqués clandestinement dans les soutes du navire. Vingt-cinq ont péri ensevelis sous les tas de charbon que la tempête avait fait s'écrouler.
Dix cadavres ont été retirés.
DES MARINS QUI AVAIENT FACILITÉ L'EMBARQUEMENT DES PASSAGERS CLANDESTINS SONT ARRÊTÉS
MARSEILLE, 28 avril. Une affaires de trafic clandestin de passagers, qui a eu de tragiques conséquences, a été découverte à bord du vapeur Sidi- Ferruch, venant d'Alger, arrivé hier soir à Marseille.
Quand le commissaire spécial adjoint des ports, M. Taddei, et ses inspecteurs montèrent à bord pour vérifier l'identité des passagers arabes de troisième classe, ils découvrirent quinze Arabes embarqués à Alger sans billet de passage, grâce à la complicité de deux hommes de l'équipage, qui furent arrêtés. L'un des passagers clandestins, qui avait la jambe cassée, dut être transporté à l'hôpital.
Jusqu'ici l'affaire ne présentail aucun caractère particulier de gravité. Elle devait, ce matin, prendre un tout autre caractère.
L'un des passagers clandestins, interrogé ce matin, dit en son jargon mi-arabe, mi-français : « Y avoir encore bésef dans charbon ». Un interprète obtint des précisions. Quarante et un Arabes avaient été embarqués à Alger, moyennant versement de 200 francs chacun, avec l'aide de membres de l'équipage. Qu'étaient devenus les 25 Arabes non découverts à l'arrivée?
Dix cadavres sont découverts
Des recherches minutieuses furent faites aussitôt dans tout le bateau, sur les indications des Arabes et aussi des hommes.
Ce soir, dix cadavres étaient retirés.
Les pompiers ont suspendu leurs recherches.
D'après les résultats de son enquête, la police spéciale estime qu'il doit y avoir encore des Algériens enfouis à fond de cale, sous le charbon. Mais il faudrait remuer plusieurs centaines de tonnes de houille pour les retrouver. On ne connaîtra donc le nombre exact des victimes qu'à la fin du voyage prochain du Sidi-Ferruch, quand les provisions de charbon seront épuisées.
On peut reconstituer ainsi le drame qui s'est produit:
Pour cacher les clandestins, les marins les avaient placés dans la soute à charbon. Une sorte de chambre fut creusée dans les blocs de houille et les Arabes s'y cachèrent. Pendant la traversée, le mauvais temps se leva en mer et le charbon s'écroula, ensevelissant les Arabes sous les blocs énormes.
D'autres clandestins s'étaient cachés dans les ballasts, sous la chaufferie, où règne constamment une chaleur de 60 degrés. Ils y furent enfermés. Les ballasts furent même boulonnés.
Il semble que les hommes étaient sans provisions, solides ou liquides. MM. Flaissières, sénateur-maire; Robillot, sous-directeur de la compagnie; Gaujou, chef des passages, se sont rendus à bord pour assister aux recherches de la police.
Des marins sont arrêtés
Quatre marins du bord, qui auraient facilité l'embarquement des passagers clandestins victimes de cette horrible tragédie, ont été arrêtés. Plusieurs autres arrestations sont imminentes.Les marins arrêtés sont gardés au poste de la Grande-Digue. On attend la fin de l'enquête pour les écrouer. Quant à l'identité des Arabes trouvés morts, pourra-t-on jamais la connaître? C'est peu probable, car ils n'ont pas de papiers et les survivants du drame affreux ne les connaissent pas tous.
| retour 02 mai 1926 |







































































