| La Dépêche - 02 mai 1926 |
LES COULISSES POLITIQUES
LES PAUVRES PERSÉCUTÉS
Il ne se passe pas de journée sans que les journaux réactionnaires protestent contre le sectarisme de la majorité du 11 mai. Et il n'est guère de dimanche qui ne serve à une manifestation des stratèges patentés du patriotisme M. de Castelnau en tête - où l'on entend plaider en faveur de la liberté religieuse de plus en plus menacée, paraît-il!
Quand les lieutenants du fameux «capucin botté» ont bien excité la colère des catholiques, leur racontant, par exemple, que la République persécute les croyants, ils ajoutent que la tyrannie de l'Etat s'abat également sur les enfants. C'est ainsi qu'un orateur plus ou moins sacré affirmait récemment aux braves populations bretonnes que depuis les élections législatives dernières les écoles congréganistes étaient l'objet de continuels assauts de la part des républicains.
Quand il s'agit de dénoncer la persécution dont ils sont soi-disant les victimes, les droitiers ne manquent jamais d'imagination. Eh quoi! un jésuite n'a-t-il point prétendu, un jour, qu'on ne mentait jamais dès l'instant qu'on défendait la bonne cause? Cela s'appelle le «bourrage de crâne». D'aucuns ont légitimé cette méthode dans la guerre. Il ne faudrait pas que dans la paix les cléricaux se croient tout permis et que, sous prétexte de pieux mensonges, ils se livrent à des campagnes d'une audace vraiment déconcertante! Le fait qui s'oppose à toutes leurs assertions est que les écoles congréganistes ont rarement connu de pareils jours de prospérité.
Malgré la loi Falloux toujours en vigueur (qui le croirait?) nous assistons à des luttes contre l'école laïque menées avec autant d'ampleur que d'énergie. C'est la grande mobilisation contre les établissements d'enseignement de la République.
Ici les discours sont superflus. Il n'est besoin que de citer des chiffres officiels, des chiffres éloquents, des chiffres cités par les cléricaux eux-mêmes. Consultez l'Annuaire de 1925 de l'enseignement libre français. Vous apprendrez que dans toute la France les collèges catholiques et les pensionnats catholiques de jeunes filles ont augmenté dans des proportions considérables. A Toulouse on compte sept collèges, à Marseille treize, à Paris dix-sept. Les effectifs sont en progression constante un peu partout, l'Annuaire indique orgueilleusement que dans l'académie de Poitiers, les élèves des collèges catholiques de garçons sont passés de 4,500 en 1913 à 6,100 en 1922. A Paris, le collège Stanislas comprend 1,600 élèves. Un record-
Que serait-ce donc si les cléricaux n'étaient pas - comme ils osent le soutenir persécutés? A quelle propagande se livreraient-ils pour augmenter leur recrutement? Avouez que nous autres, pauvres «persécuteurs». avons tout de même le droit de trouver que cette comédie d'apitoiement a assez duré,
LA FLECHE.
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