| Excelsior - 04 avril 1926 |
LE SALON DE Mme ARMAN DE CAILLAVET, par Jeanne Maurice-Pouquet (chez l'auteur et à la librairie Hachette.)
C'est un fidèle hommage à la mémoire d'une femme de grand esprit et de grand cœur.
C'est une contribution d'importance et de qualité rares à l'histoire de nos lettres, puisqu'elle restitue, dans sa richesse intellectuelle, le mouvement d'un salon fameux où s'est assemblée l'élite de la pensée française. Elle éclaire, en même temps que la vie d'Anatole France, la genèse de plusieurs de ses œuvres. Elle précise les traits d'autres figures, illustres ou connues, groupées autour de sa gloire.
Aux souvenirs personnels de Mme Jeanne Maurice-Pouquet, aux témoignages qu'elle a recueillis, ce livre ajoute, adroitement distribuées au cours du récit, et n'en gênant point la vive aisance, un nombre considérable de lettres, la plupart inédites, et beaucoup signées de grands noms. La correspondance de Mme de Caillavet avec Anatole France y occupe une large place, et sa vie en constitue le plan. Mère attentive, obligeante bonté, d'une franchise, parfois, «terrible», d'une culture étendue, mais sans nul pédantisme, «mémoire prodigieuse», intelligence fine et robuste, elle revit, agit, au cours de ces pages, choisissant, pour les attirer aux réunions de l'avenue Hoche, les talents dont la nature pouvait intéresser l'esprit du maître, aiguillonner sa verve de prestigieux causeur, se mêlant à la conversation de ses hôtes sans la tenir en lisière, «menant vers l'apothéose le grand homme et grand enfant dont le travail et la gloire étaient devenus son précieux souci. Mme J.-M. Pouquet compare volontiers l'influence de Mme de Caillavet sur Anatole France à celle de Mme Récamier sur Chateaubriand, «Merveilleuse stimulatrice je cite encore - elle imposait à son génie la discipline de la tâche quotidienne». Elle fournissait à son travail «des matériaux neufs... des thèmes de méditation». Elle «suggérait» des sujets de contes et d'articles, devenant quelquefois, car elle était admirablement douée, collaboratrice, mais dans une «modeste» mesure, et dévouée secrétaire, recueillant, notant les pensées du maître, dont elle formait les «dossiers», d'où plus tard, des pages nouvelles prenaient leur élan. Anatole France se plaisait à répéter et, venant d'un tel écrivain, c'est le plus beau des hommages -«sans Mme de Caillavet, je n'aurais rien fait».
A cet esprit délicieux et, d'abord, nonchalant, elle donna l'habitude d'un effort régulier qui nous a valu son œuvre. Elle fut assurément une «amie incomparable».
Sur Marcel Proust, nous devons à la plume de Mme J.-M. Pouquet des souvenirs d'une fine sensibilité; on trouvera dans son livre toute une correspondance de Proust. Deux lettres de Taine jugent les Noces corinthiennes et le Crime de Sylvestre Bonnard. Il y en a de George Sand, de Loti, de Lemaître, de Sully-Prudhomme, d'Hervieu, de vivants et de vivantes célèbres, plusieurs du commandant Rivière, l'héroïque romancier-soldat, et de Jacques Coulangheon, qui donna de charmantes promesses et mourut si jeune.
Des portraits de Mme de Caillavet et d'Anatole France, des facsimilés de leur écriture illustrent ce volume. Une très intéressante préface. Elle est de M. Gabriel Hanotaux. Il y épingle une bien jolie pointe-sèche de Mme de Caillavet par M. Robert de Flers.
| retour 04 avril 1926 |







































































