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Journal des débats - 04 avril 1926


Journal des débats 1926 04 04 La campagne du Maroc. La paix ou la guerre

LA CAMPAGNE DU MAROC
La paix ou la guerre

Une nouvelle conférence a eu lieu, hier matin, au Quai d'Orsay entre MM. Briand, Painlevé, Steeg et le maréchal Pétain. D'après des renseignements de source officieuse, il semble que le gouvernement français soit décidé pour l'instant à rester sur la défensive en attendant qu'on ait pu se rendre compte de la valeur des tendances pacifiques actuellement prêtées au rogui riffain.
Etant donné la situation générale, et spécialement la situation financière, il est hors de doute que, s'il existe une chance d'établir dans le Riff un état de paix satisfaisant, le gouvernement aurait tort de ne pas chercher à la saisir. Les objections de principe que nous avons élevées contre la «conclusion de la paix» avec Abd el Krim seraient évidemment sans valeur si, en négociant et moyennant même un sacrifice pécuniaire peu important, on obtenait non seulement le renoncement d'Abd el Krim à ses ambitions, mais encore son départ du Maroc. Mais son départ contrôlé est le minimum de ce que nous devons exiger car le sultan a mis sa tête à prix l'année dernière. Maintenant, le rogui accepterait-il? Cela semble peu probable: ce «grand patriote riffain» est, avant tout, un homme qui veut s'enrichir, et les propositions des Gardiner et consorts doivent lui sembler plus alléchantes que les nôtres. On sera fixé sur la valeur du personnage en lisant l'article que notre collaborateur et ami Guy de Montjou consacre à la question riffaine dans la Revue de Paris du 1er avril.

Il semble que l'initiative des pourparlers, encore vagues d'ailleurs, et poursuivis par voie indirecte, revienne à Abd el Krim. Il est possible que le rogui se soit effectivement rendu compte de l'inutilité de la lutte, et qu'il cherche à profiter de ce qu'il a pu jusqu'à maintenant garder une certaine façade pour essayer de traiter d'égal à égal avec deux grandes puissances européennes et de leur extorquer la reconnaissance de son indépendance de fait. Nous serions déjà loin de compte.
Mais il est possible aussi qu'Abd el Krim cherche simplement à gagner du temps. Notre campagne politique de l'hiver, suite de notre campagne militaire de l'automne, a dû gêner assez sérieusement ses préparatifs. Si largement que s'ouvre la porte de la zone internationale de Tanger, Abd el Krim peut n'avoir pas réuni tous les moyens nécessaires à la campagne de 1926. A ce propos, l'arrestation d'un forceur de blocus à Tanger doit retenir l'attention. Ce trafiquant devait faire passer dans le Riff, entre autres marchandises, de l'essence; on nous dit: essence pour automobiles; il n'est pas impossible, cependant, que cette essence soit destinée aux avions dont on signale de nouveau l'existence parmi les ressources du rogui.
Quoi qu'il en soit sur ce point particulier, l'attitude qui semble être celle du gouvernement ne saurait être gardée très longtemps. Il ne faut pas s'exposer à voir Abd ei Krim reprendre les opérations à son heure, après nous avoir fait attendre en vain son bon plaisir. Si, comme on a lieu de le croire, nous sommes d'accord avec les Espagnols sur un plan d'action décisive, il ne faudrait pas que nous en laissions compromettre l'exécution par des retards dus à l'astuce d'un intrigant.

J.-M. B.

Les bruits de paix
On ne signale aucune opération militaire sur la totalité du front. Les bruits d'une paix prochaine continuent à courir dans les souks dissidents, en bordure de notre front. La persistance de ces bruits semble engager certaines tribus ou fractions à chercher à obtenir, dès maintenant, l'aman, pour profiter de conditions spéciales et ne pas être englobées. dans les négociations pouvant être entamées avec le chef riffain..
C'est ainsi que les dissidents Ouled Kacem, du village de Skiffa, ont envoyé des délégués à Tafrant, avec la mission d'engager des pourpärlers de soumission.
D'autre part, une djemaa (réunion) a eu lieu chez les Ain Rhiana, fraction des Jaia, au cours de laquelle une nouvelle fut envoyée par rekkas au bureau des renseignements de Kelaa des Sless, confirmant les termes de celle reçue le 22 mars, tendant à obtenir l'avance des troupes françaises dans le pays.
On ne signale aucun mouvement nouveau de contingents dissidents chez les Senhadja de Sraïr, mais on rapporte qu'une mahakma serait en formation au djebel de Kerkott dans la fraction des Senhadja de Sraïr.
Le général Duffieux, commandant le groupement de Fez, accompagné du chef des renseignement de Taounat, s'est rendu à Sker, Bou Azzoun, Moulay Ain Djenan et à Bab Ouender.
Le beau temps règne sur l'ensemble du front.

Arrestation d'un agent riffain
Un agent riffain nommé Waldeman, arrivé à Tanger avec deux Suédois, MM. Langlet et Hauken, a été arrêté par le tabor français au moment où il se disposait à repartir pour le Riff avec M. Hauken en emportant des marchandises, du matériel et de l'essence pour automobiles.
Le consul général de Suède à Tanger a été aussitôt avisé.


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