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Journal des débats 23 septembre 1924


Les frontières extensibles de l'Irak

Les frontières extensibles de l'Irak

(de notre correspondant)
Bagdad, septembre.

Durant les débats orageux de l'Assemblée réunie à Bagdad pour ratifier l’accord anglo-irakien, la question du sort de Mossoul est plusieurs fois intervenue dans la discussion. Les députés de Mossoul, ou du moins les personnages plus ou moins librement élus qui représentent cette ville dans l'Assemblée constituante irakienne, ont déclaré que la ratification du traité était liée à la défense du territoire et ils ont demandé que des engagements formels fussent pris par la Grande-Bretagne à ce sujet.

Aucune promesse n'est inscrite dans le texte de l'accord anglo-irakien, car l'Angleterre n'aime point donner de garantie ni de pacte de sécurité même à ses futurs Dominions, mais, comme le disait récemment un communiqué rassurant du haut commissariat britannique de Bagdad, l'Angleterre continue sa politique traditionnelle et l'Irak peut compter que sa frontière septentrionale sera bien défendue.

Le tracé nouveau que Sir Percy Cox a en effet proposé aux Turcs à la Conférence de la Corne d'Or (19 mai-5 juin 1924), dépasse les ambitions que Lord Curzon avait exposées à la Conférence de Lausanne. Non seulement la délégation britannique ne discute plus la réclamation des Turcs sur le Kurdistan méridional : Souleimanieh, Kirhouk, Erbil, Ravandouz et Mossoul sont irakiens, Lord Curzon l'a démontré à Lausanne. Il n'y a plus à y revenir. Mais, ayant découvert depuis six mois l'importance du problème assyrien et la nécessité de le résoudre, l'Angleterre propose une rectification de frontière qui, partant du confluent du Tigre et du Khabour à Feich-Khabour, remontera le cours du Hazil, atteindra le 37° 30', le suivra jusqu'au cours du Grand-Zab, descendra le long de la rive droite de cette rivière, passera entre Gavar et Oramar et rejoindra la frontière persane au massif montagneux de Rasche-i-Raikan.

Cette nouvelle ligne, dont le simple énoncé semble avoir frappé la délégation turque de stupeur, englobe la moitié du vilayet turc de Hakkiari, au nord du vilayet de Mossoul. Elle rattache à l'Irak la plus grande partie des territoires habités avant la guerre par les montagnards assyro-chaldéens (Nestoriens) qui, chassés par les Turcs, en 1917, vers Ormiah ont été recueillis par l'Angleterre en Irak forment aujourd'hui le noyau de la brigade assyro-chaldéenne (Lewies) dont les bataillons assurent la domination anglaise sur le Kurdistan.

Elle annexe également à l'Irak des tribus kurdes dont l'Angleterre assure qu'elles aspirent à se fondre dans le royaume irakien. La délégation turque fait en vain remarquer que ces Kurdes ont de tout temps été rattachés à la Turquie. Comme le lien de vassalité qui les unissait à Constantinople était très fragile, l'Angleterre les réclame et prétend que leurs intérêts sont liés à ceux de la plaine de Mossoul.

Une raison stratégique domine en réalité ces revendications. Le tribut de reconnaissance que l'Angleterre paie aux Assyro-Chaldéens, en les réintégrant dans leurs foyers, se trouve, par une heureuse coïncidence, servir les visées lointaines de l'impérialisme britannique. En annexant ce morceau de territoire turc, l'Angleterre s'assure la possession du bastion montagneux qui domine Mossoul, et du nœud de communications dont un ennemi pourrait disposer pour attaquer l'Irak. Les passes de Tkuma et de Ravandouz, qui ont permis aux divisions russes, en 1915 et en 1916, de déboucher sur l'Irak, seront désormais entre les mains de la Grande-Bretagne. Un article du Times signalait récemment l'importance stratégique de ces territoires pour la sécurité de l'Empire et de la route terrestre des Indes. L'éperon montagneux réclamé par Sir Percy Cox peut devenir un camp retranché d'où l'Angleterre dominera la région du lac de Van et de Diarbékir, celle d'Ourmiah et tous les cols et voies de communications qui mènent en Arménie, au Caucase et en Perse. Elle tiendra l'acropole du nationalisme kurde, qu'il lui sera facile d'assujettir et de ranger bientôt à son service, selon l'exemple du sultan Abdul-Hamid, qui puisait dans ces montagnes ses meilleurs mercenaires.

Il est du reste fort probable que les gisements pétrolifères de Mossoul débordent les limites du villayet de Mossoul et s'étendent en territoire, hakkiari. Mais ces considérations sont, pour l'instant, laissées dans l'ombre. C'est en qualité de protectrice des Assyro-Chaldéens et des Kurdes que l'Angleterre réclame un agrandissement du territoire irakien vers le Nord. L'Encyclopedia britannica donnait, en 1910, le parallèle 34° comme limite septentrionale de l'Irak. Ce jeune Etat réclame aujourd'hui le parallèle 37°30' comme sa frontière naturelle. Ses ambitions sont illimitées.

Cependant les Kurdes subissent, dans la partie méridionale du Kurdistan, la plus dure contrainte. En dépit des promesses faites à Sèvres, un Kurdistan autonome n'a pas été constitué. L'indépendance du Kurdistan, que réclamaient

naguère les diplomates anglais a cessé de les intéresser depuis qu'ils ont découvert que Kirkouk, Souleimanieh, Ravandouz et Mossoul étaient irakiens.

Les Kurdes, qui en étaient moins convaincus, avaient essayé de former à Souleimanieh un gouvernement national dont Cheikh Mahmoud était le chef. Ce petit État kurde a tenu Bagdad en échec depuis deux ans et il a obligé, en 1922, tous les fonctionnaires britanniques à évacuer sans délai les villes kurdes. Mais la Royal Air Force a fini par avoir raison de cette insurrection. Des bombardements répétés sur la région de Souleimanieh ont mis fin à l'indépendance kurde. Cheikh Mahmoud est réfugié en Perse. Les 499336 Kurdes de Mésopotamie n'ont plus désormais qu'à subir. le gouvernement du roi Fayçal, appuyé par la force des baïonnettes britanniques.

Il n'est plus. question du Kundistan dans le traité de Lausanne. Le mandat sur l'Irak, comme le mandat sur la Syrie, comportait cependant une clause relative au droit des minorités, mais l'Angleterre a substitué au mandat un traité d'alliance qu'elle a signé avec le roi Fayçal. La question est maintenant soumise au Conseil de la S.D.N.


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